CAF Strategy Conference : Bubista, du football cap-verdien à la Coupe du Monde
Bubista participera à la CAF Strategy Conference au Cap-Vert avec l’un des exemples les plus parlants de ce que le football africain peut accomplir lorsque les talents locaux sont accompagnés, développés et inscrits dans la durée.
À 56 ans, le technicien a marqué l’histoire en conduisant le Cap-Vert à sa première qualification pour la Coupe du Monde de la FIFA 2026, avant d’emmener les débutants jusqu’à la phase à élimination directe sans connaître la défaite en phase de groupes.
Son parcours prend une dimension particulière à l’occasion d’une Conférence qui analysera les performances des 10 représentants africains au Mondial et explorera les moyens permettant au continent de franchir un nouveau cap à l’horizon 2030.
Contrairement à de nombreux entraîneurs qui accèdent au niveau international après avoir construit leur carrière à l’étranger, Bubista a forgé l’essentiel de sa réputation au pays. Il a gravi les échelons du football cap-verdien avant de se voir confier les rênes de la sélection nationale.
Ce parcours, du football national à la plus grande scène mondiale, illustre l’un des thèmes centraux de la Strategy Conference : l’importance d’investir dans les entraîneurs africains et de leur offrir des passerelles leur permettant d’atteindre le plus haut niveau.
Après avoir conduit l’un des plus petits pays d’Afrique à la Coupe du Monde, puis rivalisé avec l’Espagne, l’Uruguay et l’Argentine, Bubista dispose d’une expérience qui pourrait s’avérer particulièrement précieuse lorsque les principaux acteurs du football africain se réuniront à Sal.

Une carrière d’entraîneur construite au pays
Pedro Leitão Brito, plus connu sous le nom de Bubista, est né sur l’île de Boa Vista. Il avait auparavant porté le maillot de la sélection cap-verdienne avant de se lancer dans une carrière d’entraîneur.
Il débute sur le banc de Mindelense en 2012, avant de connaître plusieurs expériences dans le championnat cap-verdien, notamment à l’Académica Mindelo, au Sporting Praia et au Batuque.
Son parcours est particulièrement révélateur : l’essentiel de sa formation d’entraîneur s’est effectué au Cap-Vert.
Pas de passage par une prestigieuse académie européenne ni d’accès immédiat au football international. Bubista s’est d’abord développé au sein des structures nationales avant d’être nommé sélectionneur du Cap-Vert en octobre 2020, son premier poste à la tête d’une équipe nationale senior.
La FIFA décrit l’ancien capitaine et défenseur cap-verdien comme un entraîneur qui s’appuie notamment sur l’organisation, la discipline, la flexibilité tactique et la capacité à évoluer en contre-attaque.
Des qualités qui ont finalement contribué à faire d’un pays d’environ un demi-million d’habitants une nation mondialiste.

Le Cap-Vert là où il n’était encore jamais allé
Le tournant de la carrière de Bubista intervient lors des éliminatoires de la Coupe du Monde 2026.
Le Cap-Vert termine en tête d’un groupe relevé comprenant notamment le Cameroun et l’Angola, avec quatre points d’avance sur les Lions Indomptables. Les Requins Bleus remportent également leurs cinq matches à domicile sans encaisser le moindre but.
Cette campagne offre au pays la première qualification de son histoire pour une Coupe du Monde et permet à Bubista de s’imposer parmi les entraîneurs les plus en vue du continent.
Il est ensuite désigné Entraîneur masculin de l’année de la CAF 2025, une distinction qui vient récompenser l’ampleur de son travail après la qualification historique du Cap-Vert pour la phase finale du Mondial.
Mais la qualification n’était que le début de l’aventure.

Des débutants au Mondial à la phase à élimination directe
Placé dans le groupe H avec l’Espagne, l’Uruguay et l’Arabie saoudite, le Cap-Vert aborde la Coupe du Monde avec le statut de novice, mais démontre rapidement qu’il n’est pas là pour faire de la figuration.
Les hommes de Bubista tiennent en échec l’Espagne, future championne, sur le score de 0-0 lors de leur entrée en lice. Une prestation défensive parfaitement maîtrisée qui confirme immédiatement leur capacité à rivaliser avec les meilleures équipes mondiales.
Le Cap-Vert enchaîne avec un nul 2-2 face à l’Uruguay, double champion du monde, faisant à deux reprises preuve de caractère pour revenir au score.
Un troisième match nul et vierge face à l’Arabie saoudite permet ensuite aux Cap-Verdiens de terminer deuxièmes du groupe H et de décrocher leur qualification pour les huitièmes de finale.
Le Cap-Vert achève ainsi la phase de groupes invaincu, avec trois matches nuls en trois rencontres, une performance remarquable pour une nation qui disputait sa toute première Coupe du Monde.
L’aventure s’achève finalement face à l’Argentine, championne du monde en titre, mais après une nouvelle prestation qui confirme la compétitivité de la sélection cap-verdienne.
Menée à deux reprises, l’équipe de Bubista parvient à revenir au score et pousse l’Argentine jusqu’à la prolongation, avant de s’incliner 3-2. Le but décisif intervient à la 111e minute.

Il n’a jamais eu besoin de partir pour se faire remarquer
La trajectoire de Bubista donne une portée particulière à sa participation à la CAF Strategy Conference.
Son parcours illustre qu’un entraîneur africain peut atteindre le plus haut niveau sans nécessairement devoir s’établir d’abord en Europe.
De Mindelense et des autres clubs cap-verdiens jusqu’à la phase à élimination directe de la Coupe du Monde, sa carrière s’est essentiellement construite sur son propre continent et, surtout, dans son pays.
Le visuel accompagnant la campagne de la Conférence résume ce message : il n’a jamais eu besoin de partir ; c’est le monde qui est venu à lui.
C’est précisément ce type de parcours que la CAF souhaite analyser à travers la Strategy Conference, alors que le développement de la formation des entraîneurs, l’accompagnement technique et la valorisation de l’expertise locale figurent parmi les leviers susceptibles de renforcer les performances internationales du football africain.
Bubista a depuis quitté la sélection cap-verdienne pour prendre les commandes du club marocain de la Renaissance Sportive de Berkane (RS Berkane), poursuivant ainsi une carrière d’entraîneur commencée dans le football national cap-verdien et qui l’a désormais conduit à la tête de l’un des clubs majeurs du continent.

Pour la Strategy Conference, son principal apport résidera toutefois dans les enseignements à tirer de l’ascension du Cap-Vert.
Bubista pourra notamment revenir sur la manière dont une petite nation de football a construit une identité claire, optimisé ses ressources, fait confiance à son expertise locale et est passée du statut d’outsider à celui d’équipe capable de tenir tête à l’Espagne et à l’Uruguay, puis de pousser l’Argentine jusqu’en prolongation.
Bubista est ainsi bien plus que l’un des 10 entraîneurs africains présents à la Coupe du Monde.
Son parcours constitue un cas concret de ce que le football africain peut accomplir lorsque ses talents locaux sont accompagnés, développés et soutenus dans la durée.