De Footballeuse à Arbitre : L'ougandaise Nabadda cherche à se faire un nom dans une autre tenue

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L’histoire de Shamirrah Nabadda est celle d’une réinvention, d’une résilience et de bris de barrières.


De joueuse dans la première division féminine ougandaise à arbitre pionnière sur certaines des plus grandes scènes du football, elle a prouvé que l’ambition peut ouvrir de nouvelles voies, même lorsque la vie prend des tournants inattendus.
Aujourd’hui, à seulement 33 ans, Nabadda officie au Championnat d’Afrique des Nations TotalEnergies (CHAN) PAMOJA 2024 en Afrique de l’Est, ajoutant une nouvelle étape à une carrière remarquable qui inclut déjà les Jeux Olympiques, la Coupe du Monde Féminine U17 de la FIFA et la Coupe d’Afrique des Nations Féminine (CAN Féminine ou WAFCON).
Son ascension est à la fois profondément personnelle et symbolique d’un mouvement plus large offrant plus de visibilité aux femmes dans le football africain.


Des crampons au sifflet

Les débuts de Nabadda dans le football ressemblent à ceux de nombreuses filles à travers l’Afrique de l’Est : courir après un ballon dans les quartiers poussiéreux de Kampala, avec plus de passion que d’opportunités.
Elle a percé dans l’élite ougandaise avec Western United, mais sa carrière a pris un virage inattendu lorsqu’elle a assisté à un stage d’arbitrage organisé par la Fédération Ougandaise de Football (FUFA).
La curiosité est devenue une vocation.
« J’étais joueuse, et j’aimais beaucoup ça. Mais un jour, j’ai arbitré un match et j’ai reçu de l’argent. Je me suis dit : ok, c’est ce côté que je veux », dit-elle en riant.
Ce moment a déclenché une poursuite acharnée qui l’a menée des terrains locaux à la scène internationale.


Une ascension rapide sur la scène internationale

Nabadda a arbitré son premier match de première division en 2016 dans la Premier League ougandaise, entre KCCA et Masavu, la même année où elle a reçu son badge FUFA.
Dès 2018, elle obtient son badge FIFA, ce qui lui permet rapidement d’être sélectionnée pour des éliminatoires de Coupe du Monde et des tournois continentaux.
Son grand tournant est survenu aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020, où elle est devenue la première femme ougandaise, et seulement la deuxième personne du pays après Ali Tomusange en 2000, à officier lors des Jeux.
Cette performance l’a rendue célèbre dans son pays et l’a positionnée comme l’une des figures montantes de l’arbitrage en Afrique.
« Les trois dernières années ont été tout simplement superbes pour moi. J’ai accompli beaucoup de choses et j’en suis vraiment fière. Avec le recul, je ne regrette pas d’avoir échangé ma carrière de joueuse contre celle d’arbitre », a-t-elle déclaré à CAFOnline.


Tenir le sifflet dans les arènes les plus exigeantes

Son sang-froid a été mis à l’épreuve dans des matchs à haute pression. Lors de la demi-finale de la CAN Féminine entre le Nigeria et l’Afrique du Sud, elle a été saluée pour sa gestion ferme d’une rencontre tendue.
Plus récemment, elle a relevé le défi d’arbitrer des matchs masculins au CHAN.
« C’est une belle expérience, mais aussi un vrai défi », a-t-elle reconnu.
« La compétition est intense, et physiquement, il faut être au même niveau que les hommes. Il faut sans cesse se développer, apprendre, désapprendre, repousser ses limites. »
Cette honnêteté reflète les exigences quotidiennes de son métier.
« Les hommes sont plus têtus que les femmes », dit-elle en souriant.
« En tant que femme arbitre, il faut du caractère et de la présence. Les garçons peuvent être fous. Un petit truc, et ils sont tous sur toi, à te mettre la pression. Il faut savoir gérer ça avec calme. »


Un regard de joueuse sur le jeu

Son passé de joueuse, dit Nabadda, est un atout majeur.
« Le fait d’avoir été joueuse m’aide physiquement, je n’ai pas trop de mal à suivre le rythme.
Je comprends aussi mieux le jeu. Je peux dire si une faute est réelle ou simulée. Je peux presque lire dans leurs pensées, car j’ai été à leur place. »
Cette capacité à allier empathie et autorité fait d’elle une figure respectée des joueurs et des entraîneurs, même dans les compétitions masculines.


Briser les barrières culturelles

Nabadda souligne toutefois les nombreux obstacles auxquels les femmes font face en Afrique pour se lancer dans l’arbitrage.
« Notre culture africaine, dans certains pays, nous freine énormément.
Dans très peu de pays, on prend une fille dans une communauté pour en faire un arbitre sur une grande scène.
Ce n’est pas facile. Il faut beaucoup de détermination, de travail et de passion. »
Elle souligne qu’il existe même des endroits où les femmes n’ont pas accès aux mêmes salles de sport que les hommes — un frein structurel à leur développement.
Pour elle, le progrès passe autant par les investissements de la CAF et de la FIFA que par une vraie volonté des fédérations nationales de valoriser l’arbitrage féminin.


Élever les standards

L’exigence physique est aussi plus élevée pour les femmes qui arbitrent les compétitions masculines.
«Si tu veux arbitrer un match masculin, tu dois passer le test physique masculin », explique-t-elle.
«Leur football va vite. Donc même si je suis techniquement bonne, je dois suivre leur rythme.
On s’entraîne ensemble, et on met la barre au même niveau. Ce n’est pas comme pour une compétition féminine. »
Cette préparation lui permet de suivre le rythme et l’intensité de tournois comme le CHAN, où les talents locaux du continent s’expriment.


L’avenir de l’arbitrage féminin

Malgré les obstacles, Nabadda reste optimiste.
« L’avenir de l’arbitrage féminin est très prometteur.
De plus en plus de femmes s’y intéressent, et la CAF ainsi que la FIFA investissent dans notre formation.
Une chose est sûre : nous avons du talent. Beaucoup d’entre nous ont un don naturel, mais progresser signifie continuer à apprendre, lire, et s’adapter aux évolutions du jeu. »
Elle cite l’augmentation du nombre d’arbitres féminines dans les tournois comme preuve de l’élan en cours.
Ses réalisations historiques ne sont, selon elle, qu’un début.


Une source d’inspiration pour la prochaine génération

Avant tout, Nabadda se voit comme un modèle.
« Mon message est que le genre ne doit pas déterminer votre succès.
Si vous avez du potentiel et que vous sentez que vous pouvez y arriver en tant qu’arbitre femme, alors lancez-vous.
Même si c’est un milieu dominé par les hommes, ne vous dites jamais ‘je suis une fille’ ou ‘je suis une femme’ donc je ne peux pas y arriver.
Montez sur le podium. Regardez-vous et voyez une fille voler dans le ciel. »
Elle ajoute avec conviction :
«Il n’y a qu’une seule chose que l’on peut obtenir sans effort : l’échec.
Tu veux échouer ? Non. Alors lève-toi, bats-toi et réalise tes rêves.»


Laisser une empreinte

Le parcours de Nabadda — d’une fille courant après un ballon dans les rues poussiéreuses à une arbitre des plus grandes compétitions (AFCON, WAFCON, JO, CHAN) — dépasse les réalisations personnelles.
Il s’agit d’élargir l’horizon de ce que les femmes africaines peuvent accomplir dans le football.
Son histoire prouve que la passion peut briser les barrières culturelles, que la résilience peut réécrire les récits, et que le courage peut inspirer la prochaine génération.
Lorsqu’elle siffle sur les plus grandes scènes du continent, elle incarne un message fort : le futur du football africain a de la place pour tout le monde.