Amanda Dlamini : des collines rurales au sommet du football africain
Le parcours d’Amanda Dlamini, des collines reculées du KwaZulu-Natal à son statut CAF Legend et de commentatrice reconnue, est une histoire de résilience, de talent et de détermination inébranlable.
Née à Harding, une petite ville rurale nichée au cœur du KwaZulu-Natal, Dlamini a connu une ascension remarquable. Évoluant loin des projecteurs et des grands centres du football, elle n’aurait jamais imaginé un jour accéder à la scène nationale.
« L’impact énorme que le fait de jouer pour mon équipe nationale a eu sur moi, ma famille et ma communauté… Je viens d’un des endroits les plus reculés du KwaZulu-Natal », confie-t-elle. « Quand je dis aux gens d’où je viens, on me demande toujours : “Mais c’est où, ça ?” Depuis Johannesburg, c’est huit heures de route. Je ne pensais jamais qu’on me découvrirait. »
Malgré ses origines modestes, son talent et sa détermination l’ont propulsée au sommet. Mais le chemin fut loin d’être facile.
« Quitter la maison pour aller chercher de meilleures opportunités, ce n’était pas confortable. Et je pense que c’est aussi pour cela que je fais partie aujourd’hui des Légendes de la CAF », explique-t-elle.
À celles et ceux qui suivent ses traces, son message est clair et touchant :
« On ne devrait pas être obligés de quitter nos régions pour réussir. Les opportunités doivent aller à la rencontre des talents, pour élever les carrières et donner une vraie chance. Quitter ma maison, mes parents, pour courir après ce rêve footballistique, ce n’était pas simple. Mais quand j’ai réussi, ma vie a changé. »
Porter le maillot de la sélection sud-africaine n’a pas été qu’un accomplissement personnel, c’est un moment qui a transformé sa vie – et a montré la voie à de nombreuses jeunes filles issues de milieux défavorisés.
« Et les petites primes qu’on reçoit ? Je ne vais pas mentir, elles aident. On peut commencer à construire un foyer, assurer un toit, continuer ses études. C’est grâce au football que j’ai pu aller à l’université. »
Marquer des buts au niveau international n’a jamais été une évidence, mais chaque but inscrit avait une saveur unique.
« Ce n’est pas facile de marquer à ce niveau ; le niveau est très relevé. Parfois, le but ne vient pas. Mais quand il arrive, c’est un soulagement, une gratitude immense. J’ai marqué 25 buts. Je n’aurais jamais cru atteindre 10. Je n’avais même pas préparé de célébrations, je ne pensais pas marquer autant ! Mais c’est devenu une vraie fierté. »
Son passage de joueuse à consultante TV a ouvert un nouveau chapitre.
« Aujourd’hui, je suis dans la diffusion. Et tout est parti d’un talent que j’avais déjà enfant. Je l’ai poursuivi. Même après le football, des opportunités incroyables se sont présentées. Je ne pourrai jamais assez dire combien je suis reconnaissante envers le football. »
Elle se souvient d’un moment particulièrement fort :
« J’en ai encore les larmes aux yeux. Je ne faisais des commentaires que depuis deux ou trois saisons, et j’ai eu la chance de commenter la finale Afrique du Sud – Maroc, le jour de mon anniversaire, au Maroc… C’était irréel. »
Elle attribue une grande partie de sa progression à l’encadrement de qualité dont elle a bénéficié :
« J’ai eu de très bons mentors. Ben Graham, un commentateur réputé du Ghana, et Duane Dell’Oca d’Afrique du Sud, qui a commenté les Jeux olympiques. J’étais entre de bonnes mains. C’était une immense opportunité. »
Dlamini a aussi vu de près l’évolution spectaculaire du football féminin sur le continent.
« Le football féminin africain a énormément progressé. Il y a cinq ou six ans encore, quand je jouais, c’était très différent. Aujourd’hui, les joueuses bénéficient de plus de primes, de programmes structurés, de meilleures conditions. »
Mais au-delà des investissements, elle insiste sur l'importance de la visibilité :
« L’égalité salariale ne se résume pas à une question de revenus. Est-ce qu’on nous donne des plateformes équivalentes ? Un accès équitable ? Des droits de diffusion ? Le football féminin doit être visible pour que les gens s’y intéressent. »
Avec davantage d’équipes africaines qui se qualifient pour les grandes compétitions internationales, Amanda Dlamini croit à un avenir prometteur – à condition que le talent ne soit pas le seul critère.
À l’approche de la CAN féminine 2024, elle jette un regard attentif sur Banyana Banyana :
« Elles arrivent en tant que tenantes du titre, ce qui leur met une pression supplémentaire. Tout le monde veut battre le champion. Ce qui m’inquiète, c’est la préparation : est-ce que l’Afrique du Sud mesure vraiment le poids de cette responsabilité ? »
Elle prévient aussi : « Le soutien populaire au Maroc, ce n’est pas une blague. Les supporters sont nombreux et très engagés. Et le Nigeria, recordman de titres, va tout faire pour reprendre sa couronne. Sur le papier, Banyana est solide. Mais la préparation fera toute la différence. »
L’histoire d’Amanda Dlamini dépasse le cadre du football : c’est la preuve éclatante de ce qui peut se produire lorsque le talent croise l’opportunité. Un appel à l’action pour bâtir des systèmes plus équitables, où les jeunes athlètes n’ont plus besoin de tout abandonner pour réaliser leurs rêves.
« Ma vie après le football… Je suis dans les médias grâce à ce talent que j’ai poursuivi depuis l’enfance. Le football m’a tout donné. Je suis profondément reconnaissante. »
Son héritage continue d’inspirer : un message fort qui rappelle que tout est possible, même lorsqu’on vient des coins les plus reculés d’Afrique du Sud.