CAN Féminine 2024 : Ellis jubile, Björkegren s’interroge
Poing levé, éclats de rire, accolades à répétition sur le banc sud-africain. Lundi soir, au coup de sifflet final de la victoire 2-0 face au Ghana, Desiree Ellis avait le regard de celles qui savent que l’histoire continue de s’écrire dans le bon sens. La sélectionneuse des Banyana Banyana n’a pas seulement signé une entrée réussie dans cette CAN Féminine 2024 : elle a confirmé, match après match, sa capacité à construire un groupe qui sait gagner sans trembler.
Face à une équipe ghanéenne joueuse, menaçante d’entrée, l’Afrique du Sud a plié sans jamais rompre, avant de faire parler son efficacité. Trois points précieux pour débuter le groupe C, et un message clair : les tenantes du titre ne comptent pas s’arrêter là.
« On a parfaitement respecté le plan de jeu. Si on regarde les occasions, c’était assez équilibré. Andile [Dlamini] a fait deux bons arrêts, elles ont trouvé la barre. De notre côté, on aurait pu mener 3-0, voire 4-0. Je suis satisfaite du résultat », résumait Ellis, entre satisfaction et lucidité.

Une dynamique bien huilée
Avec ce succès, l’Afrique du Sud enchaîne un 12e match de WAFCON sans défaite dans le temps réglementaire (10 victoires, 2 nuls). Plus qu’un chiffre, un indicateur de solidité. Face au Ghana, c’était la huitième confrontation entre les deux nations, un record dans l’histoire du tournoi. Et pour la première fois, les Banyana Banyana inscrivent plus d’un but contre les Black Queens dans cette compétition.
Le match avait pourtant démarré de manière heurtée pour les Sud-Africaines, prises dans le pressing adverse. « Les 15 premières minutes ont été compliquées, on ne parvenait pas à sortir les ballons. Puis Linda [Motlhalo] a commencé à toucher plus de ballons — c’est ma magicienne. Jermaine [Seoposenwe] a affiché toute sa qualité, notre défense a été solide, Andile [Dlamini] impeccable. Et que dire de Ramalepe, qu’on n’a pas l’habitude de voir si haute sur le terrain, elle a été très bonne. Noxolo [Cesane], elle aussi, a fait le travail », énumérait Ellis, visiblement embarrassée par le nombre de performances individuelles à saluer.
Les chiffres lui donnent raison : sept matches de poule sans défaite, et une impression de maîtrise toujours plus nette.

Björkegren, entre frustration et promesses
Dans le couloir du stade d’Oujda, Kim Björkegren, le sélectionneur suédois du Ghana, prenait un moment, à l’écart, pour digérer. Premier match de CAN pour lui, premier revers frustrant. Mais pas de panique, plutôt une analyse posée.
« Je suis un peu déçu du résultat, car on a bien joué. On s’est créé suffisamment d’occasions pour marquer. On a eu 13 tirs, deux barres transversales. Je pense qu’on a été meilleurs dans les 30 premières minutes, et sur certaines phases en seconde période. Mais elles ont marqué et pas nous. C’est ça, le football », soufflait-il, avec le calme des techniciens conscients de leur potentiel.
L’aura offensive des Black Queens n’a pas disparu. Evelyn Badu et Alice Kusi ont touché les montants, et Dlamini a dû s’interposer à plusieurs reprises. Même après le penalty transformé par Motlhalo à la 28e minute, le Ghana a tenté de revenir. « Le penalty ? Oui et non, il nous a déstabilisés. Mais on est bien revenus ensuite. On a eu les occasions pour égaliser. Ça n’a pas tourné en notre faveur, c’est tout », concluait Björkegren.
Des détails à corriger
Statistiquement, le Ghana n’a pas démérité : cinq tirs cadrés (contre quatre pour l’Afrique du Sud), 45 % de possession et quatre corners obtenus, soit trois de plus que leurs adversaires. Mais il a manqué l’essentiel : la précision. Et ce pragmatisme que les Sud-Africaines maîtrisent parfaitement.
La suite de la compétition s’annonce déjà cruciale. Les Black Queens affronteront le Mali vendredi 11 juillet à 17h à Berkane dans un derby d’Afrique de l’Ouest qui sent la poudre. Un match pour se relancer, ne pas laisser le doute s’installer, et surtout ne pas sortir trop tôt d’une CAN qu’elles retrouvent six ans après l’avoir accueillie.
De leur côté, Ellis et les siennes avancent avec ce mélange de sérénité et d’exigence. Pas d’euphorie, mais une forme d’évidence. Comme si gagner, désormais, était devenu leur quotidien.