CAN Féminine 2024 / Meskerem Goshime : “Le terrain vous appartient”
- La CAN Féminine CAF TotalEnergies 2022 a marqué un tournant majeur selon Meskerem Tadesse Goshime, avec des stades pleins, une intensité tactique remarquable et une visibilité médiatique sans précédent
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En 2024, elle veut renforcer les bases, professionnaliser les structures, et faire de la compétition un catalyseur continental
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Pour la responsable du football féminin à la CAF, chaque transfert ou victoire renforce l’élan d’un football africain féminin qui s’affirme, porté par des figures comme Banda ou Kanjinga
Il y a des tournois qui font basculer un sport. La CAN Féminine CAF TotalEnergies 2022 fut de ceux-là. Une clameur dans les tribunes, des surprises sur le terrain, des stars qui s’affirment, et surtout une certitude nouvelle : le football féminin africain est sorti de l’ombre.
Deux ans après ce virage historique, la CAN Féminine CAF TotalEnergies 2024 s’annonce comme le grand rendez-vous de la confirmation. Et aux avant-postes de cette révolution tranquille, une voix calme mais ferme : celle de Meskerem Goshime, la responsable du développement du football féminin à la CAF. Observatrice lucide, actrice engagée, elle incarne ce mélange de rigueur et de passion qui pousse aujourd’hui le jeu africain vers d’autres sommets.
Avec elle, on parle stratégie, transferts, infrastructures, mais aussi rêves de gamines, poids des symboles et justice sportive. On évoque Barbra Banda, Rachael Kundananji ou Merveille Kanjinga, ces talents locaux devenus internationales, et ce que leurs parcours changent, dans les clubs, dans les médias, dans les têtes. On aborde les coulisses d’un tournoi qui, au-delà du titre, veut laisser une empreinte durable sur le continent. Car ici, il n’est pas seulement question de football : il s’agit de transformation sociale, d’opportunités concrètes, de visibilité, de fierté.
Dans cet entretien à bâtons rompus, Meskerem Goshime trace les contours d’un futur qu’elle veut ambitieux mais structuré, ancré dans le réel mais porté par l’espoir.

CAFOnline.com : Quel regard portez-vous sur l’édition 2022 de la CAN Féminine ?
Meskerem Goshime : La CAN Féminine CAF TotalEnergies 2022 a marqué un tournant historique pour le football féminin en Afrique. Jamais le niveau de compétitivité n’avait été aussi élevé, l’affluence dans les stades aussi forte, ni l’intérêt médiatique aussi conséquent. C’était également la première fois que le tournoi accueillait douze équipes, ce qui a permis l’émergence de nouvelles championnes, finalistes et demi-finalistes.
C’est la preuve concrète que le football féminin africain progresse et que nos sélections nationales montent en puissance. Surtout, cela montre que, avec une planification rigoureuse et des investissements ciblés, notre continent peut organiser des événements de classe mondiale et inspirer toute une génération.
Quelles actions d’accompagnement sont prévues autour de la CAN 2024 ?
La compétition s’accompagnera d’initiatives de développement pensées pour durer. Parmi elles, un atelier centré sur les joueuses en partenariat avec la FIFPro, mais aussi une étude technique complète sur l’évolution des aspects tactiques et techniques dans le jeu des équipes participantes. L’objectif est clair : renforcer l’écosystème du football féminin, développer les compétences, et poser des bases solides pour l’avenir.

Quelle place occupe aujourd’hui le football féminin africain à l’échelle mondiale ?
Notre football est en pleine ascension. Nos sélections ont prouvé leur talent, leur résilience et leur détermination lors des dernières compétitions FIFA. L’Afrique est aujourd’hui prise au sérieux.
Mais il reste du chemin. Nous devons continuer à investir, à structurer, à professionnaliser. Et nous devons garantir l’accès à des opportunités équitables pour toutes. En regardant vers les prochaines Coupes du Monde U-20, U-17 ou les compétitions interclubs, nous sommes impatients de voir jusqu’où nos équipes peuvent aller.
Des joueuses formées localement comme Barbra Banda, Rachael Kundananji ou Merveille Kanjinga ont signé récemment dans de grands clubs. Comment expliquer cette dynamique ?
Elle est le fruit de plusieurs années de travail. Ce boom est porté par de meilleurs réseaux de détection, une visibilité médiatique accrue et une professionnalisation progressive de nos sélections et championnats.
Nos joueuses ont toujours eu le talent. Aujourd’hui, le monde les regarde. Les transferts récents illustrent parfaitement cette évolution. Des pionnières comme Asisat Oshoala ont ouvert la voie, et les plus jeunes prouvent qu’on peut partir du local pour atteindre l’élite.
📸 - Barbra Banda and Rachael Kundananji after Orlando Pride vs Bay FC match. ✨
— TR Sportzm (@TRSportzm) May 12, 2024
Zambia Ku Chalo 🇿🇲#TRSportzm pic.twitter.com/oK4JZs7nJn
Les clubs africains peuvent-ils tirer profit de ces transferts ?
Oui, à condition d’être bien préparés. Les transferts offrent une vraie opportunité économique : à travers la régularisation des licences, la mise en place de mécanismes de solidarité et de compensation à la formation via les systèmes FIFA, les clubs peuvent percevoir des revenus.
Mais ce n’est pas tout : ces mouvements donnent de la visibilité, attirent des sponsors, renforcent la marque du club, et permettent de réinvestir dans la formation et les infrastructures.
Ces transferts influencent-ils la perception médiatique des joueuses africaines ?
Absolument. Lorsqu’une joueuse africaine signe dans un grand club, le récit médiatique change. Cela renforce leur légitimité, attire les projecteurs, suscite le respect.
C’est une avancée cruciale dans la manière dont les athlètes féminines sont perçues et valorisées, en Afrique comme ailleurs. Ces signatures ne sont pas seulement sportives, elles sont symboliques.

L’arrivée de coaches reconnus comme Jorge Vilda, champion du monde 2023 avec l’Espagne ou Farid Benstiti apporte-t-elle un souffle nouveau ?
Leur présence renforce incontestablement la crédibilité du football féminin africain. Leur expérience, leur exigence, leurs standards de travail créent un environnement professionnel stimulant pour les joueuses comme pour les encadrants locaux.
C’est aussi une opportunité d’apprentissage pour les coachs africaines, qui pourront se nourrir de ces modèles pour faire progresser encore le jeu sur notre continent.
Qu’attendez-vous de cette édition 2024, au-delà du titre continental ?
Nous voulons aller plus loin qu’un simple palmarès. L’objectif, c’est d’affirmer que l’Afrique est capable d’organiser des compétitions de haut niveau pour les femmes. Et surtout, de laisser un héritage. Cette CAN doit permettre de renforcer les structures nationales, de révéler nos talents, de consolider le football féminin africain sur le long terme. Nous espérons un tournoi inspirant, disputé, et porteur d’un nouvel élan.

Quels dispositifs sont mis en place pour promouvoir la couverture médiatique de la compétition ?
La CAF collabore étroitement avec des partenaires médias locaux et internationaux pour assurer une diffusion large. Cela passe par des campagnes digitales multilingues, des contenus en immersion, des récits centrés sur les joueuses, et une accessibilité maximale en télévision et streaming.
Notre volonté est claire : faire vivre l’émotion de la CAN féminine au plus grand nombre, en Afrique et au-delà.
Si vous deviez parler directement à une jeune fille africaine qui rêve de devenir footballeuse, que lui diriez-vous ?
Je lui dirais : “Tes rêves sont légitimes, ton talent est réel. Sois fière, sois audacieuse. Le terrain t’appartient. Le futur du football africain a besoin de ta voix, de ton jeu, de ta lumière. Tu es une gagnante née.”