CAN Féminine : « On ne demande plus l'autorisation »
À une semaine du coup d’envoi de la TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations Féminine 2026 au Maroc, les plus grandes stars du continent se sont réunies lors d’un webinaire exclusif. Entre éclats de rire, ambitions débordantes et états des lieux d’une discipline en pleine mutation, plongée dans les coulisses de la révolution du football féminin africain.
À quelques jours du coup d’envoi de la TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations Féminine, Maroc 2026 (qui se tiendra du 26 juillet au 16 août), la Confédération Africaine de Football (CAF) a réuni le gratin de son football pour le deuxième volet du Stars Spotlight Webinar.
Autour de la table (numérique), un casting digne d'une finale de Ligue des champions : Asisat Oshoala, légende nigériane et sextuple Ballon d'Or africaine ; Barbra Banda, la sensation zambienne de l’Orlando Pride ; Tabitha Chawinga, la pionnière du Malawi ; Refilwe Jane, la capitaine courage de l’Afrique du Sud; la gardienne ghanéenne Cynthia Konlan et l'expérimentée Égyptienne Nadine Gazi.
Pendant près de deux heures, ces icônes ont raconté leur sport. Un sport qui ne demande plus l'autorisation d'exister, mais qui s'impose désormais au sommet de l'affiche.

Du scepticisme aux écrans géants de Times Square
Il n'y a pas si longtemps, jouer au football pour une femme en Afrique s'apparentait à un parcours du combattant, voire à une douce folie. Nadine Gazi, qui a débuté sous le maillot de l'Égypte il y a dix ans, s'en souvient avec un sourire teinté d'ironie :
« Avant, quand je disais que j'étais footballeuse professionnelle, les gens me regardaient avec des yeux ronds et me demandaient : "Mais tu n'as pas un vrai travail à côté ?" Aujourd'hui, tout a changé. Il y a des sponsors, des contrats incroyables, de la diffusion télévisée. C'est le jour et la nuit. »
Le symbole de cette nouvelle ère s’affiche en format XXL. Récemment, le visage de la Zambienne Barbra Banda s’est affiché sur les écrans géants de Times Square, à New York. Un séisme marketing et culturel. « C'est incroyable de voir à quel point le football féminin africain a grandi », glisse l'attaquante zambienne. « Cette visibilité motive la jeune génération. Elle montre que tout est possible, qu’une jeune fille partie de Zambie peut conquérir le monde. »

Le nerf de la guerre : l'argent et l'exode professionnel
Pour Refilwe Jane, l’infatigable capitaine des Banyana Banyana, l’évolution majeure se situe dans les portefeuilles et les structures. Le passage de la phase finale à 16 équipes (contre 8 auparavant) a ouvert les vannes de la compétitivité.
« Le niveau technique a explosé parce qu'une immense majorité d'entre nous joue désormais à l'étranger, en Europe ou aux États-Unis, et ramène cette expérience en sélection », analyse-t-elle. Mais la pièce maîtresse du développement reste financière :
« Les dotations financières (prize money) mises en place par la CAF ont tout changé (ndlr : la prime à l’équipe gagnante est d’un million de dollars pour cette édition). Désormais, cette compétition est attractive. Cet argent ne fait pas que récompenser les joueuses, il transforme structurellement le football féminin dans nos pays respectifs. »
Un constat partagé par la gardienne du Ghana, Cynthia Konlan, qui note que l'exposition de la CAN Féminine attire désormais les plus grands agents et recruteurs de la planète : « Le tournoi est devenu une vitrine incontournable pour se faire repérer. »

Badinage et ambitions au sommet
Mais ne vous y trompez pas : derrière la sororité et les sourires de façade, la rivalité sportive reste féroce. Alors qu'Asisat Oshoala s'apprêtait à quitter le webinaire pour rejoindre l'entraînement des Super Falcons, elle n’a pas pu s’empêcher de lancer les hostilités.
« Ce que j'attends de cette édition ? Que le Nigeria gagne à nouveau, évidemment ! », a-t-elle lancé avec son aplomb légendaire.
À l'autre bout de la connexion, depuis sa chambre d'hôtel au Malawi, la star malawite Tabitha Chawinga savourait enfin sa première qualification historique pour la CAN Féminine. La réponse de la Nigériane ne s'est pas fait attendre, dans un éclat de rire général : “Du calme, Tabi, détends-toi !” Au-delà des blagues, Oshoala a pointé du doigt le grand défi de cette édition 2026 : la couverture médiatique globale. « Nous devons prêcher au-delà des convaincus. Il faut que les coéquipières de nos joueuses aux États-Unis ou en Europe puissent regarder les matchs en direct, facilement. C'est cette accessibilité médiatique qui fera franchir le dernier palier à notre football. » Elle appelle également le public marocain à remplir les stades, même pour les affiches ne concernant pas le pays hôte, afin de recréer la magie populaire de l'an dernier.

Briser les barrières sociétales
Interrogée par la presse sur le décalage persistant dans certaines régions d'Afrique entre l’explosion sportive du football féminin et les barrières culturelles ou religieuses, Oshoala s'est voulue résolument optimiste, s’appuyant sur sa propre trajectoire :
« Mes propres parents me disaient : "Non, tu es une fille, tu ne peux pas faire ça." Aujourd’hui, je reçois des dizaines de messages de parents sur Instagram qui me demandent : "Ma fille veut jouer au foot, peut-elle intégrer ton académie ?" Les mentalités bougent. Le football est devenu un ascenseur social respecté, même là où c'était autrefois tabou. »
Dans quelques jours, sur les pelouses marocaines, ce ne seront pas seulement des schémas tactiques qui s'affronteront. Ce sont des destins de femmes, des trajectoires d'émancipation et, surtout, un spectacle athlétique de premier ordre. Les reines d'Afrique sont prêtes à monter sur le trône. Le monde n'a plus qu'à regarder.
