Élodie Nakkach (Maroc) : « La finale de 2022, on l’utilise comme une expérience pour aller de l’avant »
Quatre ans ont passé, mais le souvenir n’a pas complètement disparu. Élodie Nakkach était là, le 23 juillet 2022, lorsque le Maroc s’était incliné face à l’Afrique du Sud (1-2) en finale de la CAN Féminine, au stade Prince Moulay Abdellah de Rabat. Samedi, la milieu défensive retrouvera les Banyana Banyana, cette fois en quarts de finale. Avec le même objectif, mais une équipe qui a grandi depuis.
« On a perdu le match », lâche-t-elle simplement lorsqu’on lui demande ce qui lui revient en mémoire. Puis les souvenirs affluent. Cette finale représentait alors une accumulation de premières pour une génération qui découvrait le très haut niveau continental : « C’était notre première CAN avec ces filles-là, notre première qualification en Coupe du Monde, notre première finale de Coupe d’Afrique. C’était vraiment une première à tout. »
Une première expérience douloureuse, mais fondatrice. Le Maroc avait découvert ce soir-là le poids d'une finale, la pression d'un rendez-vous historique et la frustration de passer si près du titre. « On a pris beaucoup d’expérience depuis ce match », souligne Nakkach. L’amertume, elle, n’a pas totalement disparu. « Forcément, perdre un match, surtout une finale, ça reste un peu en travers de la gorge. » Mais quatre ans plus tard, la joueuse préfère regarder ce souvenir autrement. « Maintenant, on l’utilise plus comme une expérience pour aller de l’avant. »

Ne pas refaire les mêmes erreurs
Le contexte a changé. Le Maroc a depuis disputé une nouvelle finale, en 2024, et a participé pour la première fois à une Coupe du Monde, en 2023. La sélection a également gagné en expérience et en exigence. Pour les joueuses qui ont vécu ces grands rendez-vous, cette mémoire peut devenir une arme.
« Quand on sait les erreurs qu’on a faites, on ne veut pas les reproduire et on veut à tout prix gagner le match. » Samedi, il ne sera pourtant pas question de finale, mais d’un quart de finale qui possède déjà des airs de revanche. L’Afrique du Sud, championne d’Afrique en 2022, se dresse à nouveau sur la route des Marocaines. Une équipe que Nakkach et ses coéquipières connaissent désormais mieux, mais qu’elles devront surtout battre sur 90 minutes, voire plus.
Et pour cela, le Maroc pourra s’appuyer sur une évolution qui saute aux yeux depuis le début de cette édition : sa solidité défensive.

« On est plus solides défensivement »
Les Lionnes de l’Atlas ont terminé la phase de groupes sans encaisser le moindre but. Une performance qui traduit, selon leur milieu défensive, le travail effectué depuis les dernières compétitions.
« On a corrigé les petits défauts qu’on avait défensivement », explique-t-elle. « C’est vrai qu’on est plus solides défensivement, on n’encaisse pas. C’est quelque chose qui nous manquait, surtout sur la dernière Coupe d’Afrique. »
Dans un match à élimination directe, cette capacité à préserver sa cage peut faire basculer une rencontre. Nakkach en est convaincue : « Si on veut aller loin, c’est plus important de ne pas encaisser avant d’aller marquer, parce que ça peut être compliqué d’aller marquer plus de buts qu’on encaisse. »
Le raisonnement est simple. La solidité d’abord, le reste ensuite. « Je pense que c’est un très gros point positif de notre progression », résume-t-elle.

Une voix pour les plus jeunes
À 31 ans, Élodie Nakkach endosse également un autre rôle : celui de transmettre. Au fil des années, la milieu défensive est devenue l’une des joueuses les plus expérimentées du groupe. Une expérience qui lui confère une responsabilité particulière auprès des plus jeunes, nombreuses à découvrir, à leur tour, la pression et les exigences d’une grande compétition disputée à domicile.
Son message tient pourtant en quelques mots : ne pas se laisser envahir par l’enjeu.« Les accompagner, les aider », explique-t-elle lorsqu’on lui demande quel est son rôle. « Ne pas qu’elles ressentent de pression particulière parce qu’on est là avant tout pour représenter le pays. »
La pression existe, forcément. Mais Nakkach veut rappeler l’essentiel : « Ça peut être impressionnant, mais on est là pour jouer au football. Le football, c’est un jeu, c’est du plaisir. »
Elle insiste aussi sur la nécessité de penser à l’après. « On profite ensemble, on n’est pas là pour avoir de la pression. Et surtout, qu’elles continuent à progresser, à rester concentrées, impliquées, parce que c’est la future génération qui prendra la relève. »

« Il faut rentrer dedans à 200 % »
À la veille du rendez-vous, pas question pour Nakkach de s’attarder sur l’attente ou de se laisser happer par l’environnement. À J-1, son discours est déjà tourné vers le terrain.
« Je ne gère pas d’attente. L’objectif est clair, on sait ce qu’on veut. Le plan de jeu est clair aussi. »
Pas de place pour l’hésitation. Ni pour un début de match timide. « On sait que c’est un match à élimination directe. Il faut rentrer dedans à 200 %. Il faut être concentré dès le coup d’envoi. »
Le Maroc sait ce qu’il lui reste à faire : battre l’Afrique du Sud pour retrouver les demi-finales, mais aussi franchir un obstacle chargé de souvenirs.
En 2022, Nakkach avait découvert la finale. En 2026, elle retrouve l’adversaire qui lui avait alors barré la route du titre. Entre les deux, quatre années d’apprentissage, deux finales, une Coupe du Monde et une équipe devenue plus expérimentée.
Au moment de conclure, on lui pose une dernière question, presque comme un retour dans le temps : si elle pouvait croiser la joueuse qu’elle était en 2022, quel conseil lui donnerait-elle ? Elle sourit, hésite. « C’est compliqué, ça. Des conseils ? »
Puis la réponse tombe, simple et finalement très juste : « Profiter du moment, parce qu’on ne sait pas forcément quand on rejouera une finale. »
Samedi, Élodie Nakkach aura une nouvelle occasion de mesurer le chemin parcouru. Et cette fois, le souvenir de 2022 ne devra pas peser. Il devra servir.