Eveline Pereira, première buteuse de l’histoire du Cap-Vert à la CAN
Eveline Nadine Pereira Varela, plus connue sous le nom d’Evy Pereira, a inscrit son nom dans l’histoire du Cap-Vert et de la TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations Féminine. Le 2 août 2026, elle est devenue la première joueuse cap-verdienne à marquer dans la compétition. Un moment historique qu’elle n’est pas près d’oublier.
Il y a des dates qui s’inscrivent à jamais dans une mémoire collective. Le 2 août 2026 en est une pour Eveline Pereira. Ce jour-là, la joueuse de 28 ans est devenue la première buteuse de l’histoire du Cap-Vert en Coupe d’Afrique des Nations Féminine. Un but pour l’histoire, inscrit au moment où son pays disputait sa toute première phase finale.
Quelques jours plus tôt, pourtant, Pereira avait dû assister depuis les tribunes aux premiers pas de sa sélection dans la compétition. Suspendue après avoir reçu deux cartons jaunes lors des qualifications, elle n’avait pu prendre part au match inaugural face au Ghana, perdu 0-2. Elle avait alors choisi de rester au plus près de ses coéquipières, de les encourager et de porter, autrement, le drapeau cap-verdien.

De Praia au sommet de l’Afrique
Née à Praia, la capitale, sur l’île de Santiago, Evy Pereira a découvert le football à six ans. À l’époque, impossible pour elle d’imaginer que les parties disputées dans les rues de son quartier d’Achada Eugénio Lima la conduiraient un jour sur la plus grande scène du football féminin africain.
« Le football est arrivé très naturellement dans ma vie parce que c’était ce qui me rendait heureuse. Je passais des heures à jouer dans les rues et sur les terrains de mon quartier, sans imaginer jusqu’où ce rêve allait m’emmener », raconte-t-elle.
Comme beaucoup d’enfants africains, Pereira aurait pu passer ses journées entières à jouer au ballon. Le plaisir était d’abord celui du jeu, partagé avec les amis, du matin au soir. Mais Praia lui a aussi transmis d’autres valeurs.
« C’est une terre qui m’a appris très tôt la résilience, l’humilité et le fait de ne jamais renoncer à mes rêves. »
Des principes qui se retrouvent dans sa personnalité. Souriante, accessible et positive en dehors du terrain, Pereira dégage une tout autre assurance lorsqu’elle entre en jeu. Calme sous pression, dotée d’une vraie intelligence tactique et d’une forte maîtrise émotionnelle, elle s’est progressivement imposée comme une leader.
Son parcours dans plusieurs clubs européens, notamment au Benfica Lisbonne, à Braga et au Besiktas, en Turquie, a enrichi son expérience. Aujourd’hui à Valadares Gaia FC, au Portugal, elle met cette expérience au service de la sélection cap-verdienne.
« Je veux rendre hommage à toutes les personnes qui ont vraiment cru en moi depuis le début, en particulier ma famille. Elle a toujours été à mes côtés, même dans les moments les plus difficiles. C’est elle qui m’a donné la force de ne jamais abandonner. »

« Evy Pereira. Evy Pereira. Evy Pereira. »
Le 2 août restera donc comme l’un des jours les plus importants de sa carrière. Face au Cameroun, Pereira a écrit une nouvelle page de l’histoire de son pays. À la 36e minute, elle a trouvé la lucarne avant de courir vers le poteau de corner, les poings serrés.
« C’est difficile à expliquer. C’était bien plus qu’un but. C’était un moment historique pour moi et pour le Cap-Vert. Savoir que ce moment a inspiré autant de personnes me remplit de fierté », confie-t-elle.
La réaction de tout un pays a rapidement suivi.
« J’ai reçu énormément d’affection, de messages de fierté et d’encouragement. Le plus beau, c’est de voir que beaucoup de personnes se sont senties représentées. Cela vaut plus que n’importe quelle statistique. »
Quatre jours auparavant, elle déambulait pourtant dans les couloirs du stade Moulay Rachid de Casablanca, encourageant ses coéquipières avant leur premier match historique à la CAN. Elle aurait évidemment préféré être sur le terrain. Mais sa suspension l'en empêchait.
« C’était difficile parce que chaque athlète veut être sur le terrain. Mais je n’ai jamais douté de ma valeur. J’ai continué à travailler et je me suis concentrée sur les matches que je pouvais jouer. Au final, cela a confirmé qu’il ne fallait jamais laisser les autres définir ce dont nous sommes capables. Personne ne peut effacer l’histoire ni l’éclat de ceux qui sont nés pour gagner. Dieu est aux commandes. »
Lorsque son heure est arrivée, Pereira n’a pas laissé passer sa chance.
Et cette célébration, devenue l’une des images fortes de la soirée, restera elle aussi dans les mémoires. Après avoir marqué, elle a donné un coup au poteau de corner avant de laisser éclater sa joie.
Elle en sourit encore aujourd’hui.
« C’était une émotion pure. À cet instant, je ne pensais à rien. Je vivais simplement le moment. J’ai déjà revu l’action et, aujourd’hui, cela me fait rire parce que c’était une réaction totalement spontanée de quelqu’un qui venait de marquer le premier but du Cap-Vert à la CAN. »
Ce but restera bien plus qu'une ligne dans ses statistiques.
« Je retiens la fierté d’avoir représenté mon pays, les émotions que j’ai vécues et la certitude qu’avec du travail et de la persévérance, il est possible d’ouvrir la voie à d’autres athlètes. Ce moment restera pour toujours. »

Et maintenant ?
Pour Pereira, cette première participation à la CAN ne doit pas constituer un aboutissement. Bien au contraire. La joueuse de Valadares Gaia FC veut désormais voir le football féminin poursuivre son développement au Cap-Vert.
« Je crois que le football féminin cap-verdien a un avenir très prometteur. Nous avons déjà franchi une étape importante en nous qualifiant pour la CAN, mais ce n’est que le début. »
La suite, selon elle, passera par un investissement accru dans la formation et les joueuses.
« Il est désormais essentiel de continuer à investir dans les athlètes, de renforcer la sélection nationale, de créer davantage d’opportunités pour les jeunes filles dès leur plus jeune âge et de valoriser celles qui représentent le pays. Lorsque nous croyons en nos joueuses et que nous leur donnons les conditions nécessaires pour progresser, l’avenir devient beaucoup plus grand que ce que nous pouvons imaginer. »
Quelques jours après son entrée dans l’histoire, le Cap-Vert a décroché son premier point en phase finale de la CAN, en obtenant un match nul (1-1) face au Cameroun lors de la dernière journée du groupe D.
Une nouvelle étape pour une sélection qui découvre la scène continentale et représente le plus petit pays jamais engagé dans la compétition, avec une population d’un peu plus d’un demi-million d’habitants.
Et au cœur de cette première aventure, un nom est désormais gravé dans l’histoire : Evy Pereira.