Le Cameroun veut enfin briser la malédiction nigériane
Affiche la plus disputée de l’histoire de la TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations Féminine, le duel entre le Cameroun et le Nigeria connaîtra dimanche un 14e épisode depuis la création de la compétition, en 1998. Rivales historiques et voisines, les deux sélections se retrouvent en quarts de finale de la CAN Féminine 2026, au Maroc, avec une place dans le dernier carré et une qualification pour la Coupe du monde 2027 en jeu.
Les Camerounaises et les Nigérianes se connaissent par cœur. Elles se sont croisées à tous les stades de la compétition ou presque et ont écrit, au fil des éditions, quelques-unes des pages les plus marquantes de la CAN Féminine. Mais cette familiarité n'enlève rien à l'incertitude qui entoure leur nouveau rendez-vous, dimanche.
Sur les treize confrontations précédentes, le Nigeria a largement pris le dessus : neuf victoires dans le temps réglementaire, auxquelles s'ajoutent deux succès aux tirs au but. Le Cameroun ne compte qu'une victoire, obtenue en 2012, grâce à un but de Gaëlle Enganamouit, tandis qu'une seule rencontre s'est achevée sur un nul sans séance de tirs au but.

Le Cameroun assume son statut d'outsider
Présent à toutes les éditions de la CAN Féminine à l'exception de celle de 2024 (disputée en 2025), le Cameroun dispute au Maroc sa 13e participation. Les Lionnes Indomptables ont affronté le Nigeria à chacune de leurs apparitions, sauf en 2002. Leur bilan est sans appel : une victoire, un nul et neuf défaites.
Le souvenir de la finale de 2016, disputée à Yaoundé devant un stade Ahmadou-Ahidjo plein à craquer, reste particulièrement douloureux. Portées par leur public, les Camerounaises pensaient pouvoir enfin mettre un terme à leur longue attente. Mais à la 86e minute, Desire Oparanozie a brisé leurs espoirs et offert au Nigeria son huitième titre continental.
L'histoire ne plaide donc pas en faveur des Lionnes indomptables. Leur sélectionneuse, Valentine Nguele, ne cherche d'ailleurs pas à masquer leur statut d'outsider.
« Nous avons un grand match devant nous, un quart de finale très important. Nous savons que le Nigeria est une grande équipe et qu'il part favori. Il a remporté dix titres. Nous devons l'accepter », reconnaît-elle.
Mais la technicienne camerounaise refuse de laisser le passé dicter l'avenir. « J'aime penser au présent. Nous sommes en quarts de finale et nous sommes dans le bon état d'esprit. Nous avons eu une deuxième chance de participer à cette compétition grâce à son élargissement de 12 à 16 équipes. Nous devons profiter de cette opportunité et donner le meilleur de nous-mêmes. Atteindre les quarts est déjà un bonus. »
Le Cameroun n'est pourtant pas arrivé jusque-là par hasard. Les Lionnes Indomptables ont créé la surprise en terminant premières d'un Groupe D relevé, avec sept points en trois matches. Elles ont battu le Mali (2-1) et le Ghana (1-0), avant de concéder un nul face au Cap-Vert, pour sa première participation.
Avec quatre buts inscrits et seulement deux encaissés, le Cameroun s'appuie notamment sur l'une des défenses les plus solides du tournoi.
Face au Nigeria, Nguele entend rester fidèle à ses principes. « Nous allons jouer notre football naturel. Nous devons prendre du plaisir et ne pas nous mettre de pression. Nous irons sur le terrain pour jouer et profiter du match. »
La sélectionneuse camerounaise puise également dans les surprises de cette CAN, notamment le succès du Malawi contre le Nigeria lors de la phase de groupes. « Beaucoup de choses ont changé. Chaque équipe vient pour gagner. Le football féminin africain a énormément progressé. Ce sera un grand plaisir de jouer contre le Nigeria dimanche. »
La défenseure Colette Ndzana, qui avait perdu avec le Cameroun face au Nigeria en finale des Jeux africains 2019 à Rabat, après une séance de tirs au but, affiche elle aussi une détermination intacte.
« Nous devons aborder ce match avec calme. Deux grandes nations, deux grandes équipes. Nous serons prêtes. Nous voulons faire tomber les barrières qui existent encore. Nous devons rester concentrées et aborder ce quart de finale avec beaucoup d'humilité. »
Pour le Cameroun, ce sera seulement le deuxième quart de finale de son histoire dans la compétition. Lors de sa précédente apparition à ce stade, en 2022, il s'était incliné 1-0 face au Nigeria.
Une victoire dimanche permettrait aux Lionnes Indomptables de retrouver les demi-finales pour la onzième fois et de décrocher une troisième qualification pour la Coupe du monde, après celles de 2015 et 2019.

Le Nigeria ne veut rien céder
Dix titres en treize éditions : le palmarès du Nigeria suffit à mesurer son emprise sur le football féminin africain. Les Super Falcons sont, de loin, la sélection la plus titrée du continent. Mais cette domination impose aussi une pression permanente : celle de confirmer, encore et toujours.
Dimanche, l'enjeu sera double pour les championnes d'Afrique en titre : atteindre les demi-finales et décrocher leur billet pour la Coupe du monde 2027 au Brésil.
« Nous nous connaissons bien. Les matches entre ces deux pays font toujours ressortir le meilleur de chacune des équipes. Nous allons tout faire pour imposer notre jeu et l'emporter. Nous avons énormément de respect pour le Cameroun, qui a beaucoup apporté au football africain », explique Justine Madugu, qui avait conduit le Nigeria au titre continental en 2024.
Justine Madugu, le sélectionneur nigérian refuse toutefois de tirer des conclusions des deux matches amicaux remportés face au Cameroun en mars, lors de la fenêtre internationale. « Nous ne nous laissons pas influencer par ces résultats. C'étaient des matchs de préparation. »
Le Nigeria a connu un début de tournoi plus délicat qu'à son habitude, mais a depuis redressé la barre. Madugu reconnaît les imperfections défensives de son équipe, tout en soulignant sa capacité à répondre offensivement.
« Nous avons encaissé des buts en phase de groupes, mais il faut toujours un point de départ. Nous voulons commencer à garder notre cage inviolée dès les quarts de finale. Nous travaillons pour éviter ces erreurs. Nous encaissons, mais nous marquons aussi davantage. Cela reste positif. C'est le genre de match que tout le monde attend. »

Payne : « Nous sommes plus affamées que jamais »
Toni Payne aborde ce rendez-vous avec confiance. La joueuse, récemment engagée avec l'Inter Milan après avoir représenté les États-Unis dans les catégories de jeunes, estime que les difficultés rencontrées depuis le début du tournoi ont renforcé le groupe.
« Tout le monde est en confiance avant ce match. Nous avons l'occasion de nous qualifier pour la Coupe du monde. Nous avons rencontré beaucoup de difficultés pendant ce tournoi, mais elles nous préparent à ce qui nous attend. Nous pouvons aussi mesurer le chemin parcouru. Nous sommes aussi affamées que jamais. »
Le Nigeria a inscrit neuf buts depuis le début de la compétition, dont quatre sur penalty. Sa capitaine, Rasheedat Ajibade, en a inscrit deux. Signe d'une équipe qui monte en puissance au fil des rencontres : six des neuf buts nigérians ont été marqués après la pause.
Un succès face au Cameroun offrirait au Nigeria une dixième qualification pour la Coupe du monde féminine, un record continental. Les Super Falcons ont participé à toutes les éditions du Mondial depuis la première, en 1991.
Dimanche, leur objectif sera clair : poursuivre leur règne et envoyer un nouveau message à la concurrence.

La stat du jour
Le Nigeria vise une 14e demi-finale de CAN Féminine, un record dans l'histoire de la compétition.