Lebohang Ramalepe, le moteur des Banyana Banyana

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À Oujda, lorsque l’arbitre a sifflé la fin d’un match à sens unique face au Mali (4-0), Lebohang Ramalepe n’a pas levé les bras en signe de triomphe. Elle a simplement regardé droit devant, concentrée, comme si son match ne faisait que commencer. À 33 ans, la latérale sud-africaine incarne toujours ce mélange rare de sérénité et de férocité, de maîtrise et de générosité.

Deux passes décisives, une activité de tous les instants sur son flanc droit, un prix de Joueuse de Match TotalEnergies plus que mérité : face au Mali, Ramalepe a livré un véritable récital. Mieux, elle a symbolisé à elle seule la détermination des championnes d’Afrique en titre, bien décidées à défendre leur couronne lors de cette CAN Féminine CAF TotalEnergies.

« Ce n’était pas un match facile. Mais on a joué ensemble, avec beaucoup d’intensité. Les trois points nous facilitent la suite », a-t-elle glissé en zone mixte, humble comme à son habitude. « Je suis contente de ma performance, mais c’est vraiment l’équipe qui m’a portée. »

Ga-Kgapane, le départ d’un destin pas comme les autres

Elle vient de loin, au propre comme au figuré. Originaire de Ga-Kgapane, dans la province du Limpopo, Ramalepe a connu les terrains poussiéreux et les infrastructures sommaires du football sud-africain. Ce sont les clubs de Kanatla Ladies, puis Ma-Indies, qui l’ont révélée. L’abnégation chevillée au corps, elle grimpe vite les échelons jusqu’à rejoindre le grand Mamelodi Sundowns.

Avec le club de Pretoria, elle empile les trophées : Ligue sud-africaine, Ligue des champions Féminine de la CAF en 2023, tournoi COSAFA la même année… Chaque saison, elle confirme. Entre-temps, elle aura aussi osé l’aventure européenne à Dinamo Minsk, en Biélorussie, où elle dispute même quelques matchs de Ligue des Champions Féminine de l’UEFA. Une rareté pour une défenseure sud-africaine.

Cadre de l'équipe

Depuis ses débuts avec les Banyana Banyana en 2014, Ramalepe a tout connu ou presque : deux Coupes du Monde (France 2019, Australie/Nouvelle-Zélande 2023), deux Jeux Olympiques (Londres 2012, Rio 2016), et surtout la consécration continentale lors de la CAN Féminine CAF TotalEnergies 2022 avec ce titre historique pour l’Afrique du Sud.

À chaque rendez-vous, elle a répondu présente. Mieux : elle a souvent montré la voie. Élue Joueuse du Tournoi lors du Championnat National 2019, nommée dans le onze-type CAF en 2023, elle impressionne par sa longévité autant que par son volume de jeu.

Une maestra à Oujda

Contre le Mali, elle a livré une prestation modèle. Une percussion pleine d’intelligence pour servir Seoposenwe sur l’ouverture du score. Puis, un centre tendu parfait pour Mbane sur le quatrième but. Entre les deux, un nombre incalculable de montées, de replis défensifs, de relances propres et d’échanges avec ses coéquipières.

Ramalepe, ce n’est pas qu’une joueuse d’expérience. C’est une joueuse qui a su faire évoluer son registre. Positionnée un cran plus haut par Desiree Ellis ces derniers temps, elle n’en reste pas moins l’âme défensive de cette équipe.

« Tout le monde connaît Lebo en tant que latérale droite. Elle est là depuis 2014 et a été de toutes nos grandes campagnes », rappelle Ellis.
« Ces derniers temps, on l’a avancée un peu sur le terrain et elle a su s’adapter avec brio. Son assist contre le Ghana, puis celui contre la Tanzanie, en disent long. »

“Baby Face”, le surnom d’une battante

Dans le vestiaire, on l’appelle “Baby Face” ou “Mosquito”. Deux surnoms qui résument bien le personnage : un visage juvénile, une endurance irritante pour l’adversaire. Toujours sur le dos de son vis-à-vis, jamais en panne de course, ni d’idées.

« Elle ne lâche jamais. Elle est toujours dans le coup, des deux côtés du terrain. Et ce qui est formidable, c’est qu’elle progresse encore », s’émerveille Dr Desiree Ellis la sélectionneuse sud-africaine. « C’est une vraie leader, sur le terrain comme en dehors. Une joueuse clé de notre projet. »

En route vers d’autres sommets ?

Avec les quarts de finale en ligne de mire, Ramalepe garde les pieds sur terre. L’expérience lui a appris que le plus dur commence maintenant. « À ce stade de la compétition, il faut savoir garder son calme. Jouer notre football, ne pas déjouer, et surtout convertir nos occasions », résume-t-elle, lucide.

Mais l’Afrique du Sud le sait : pour défendre son titre, elle pourra toujours compter sur sa n°14. Une joueuse qui, à 33 ans, continue de repousser les limites du poste. Une joueuse qui ne brille pas que par ses statistiques, mais par l’équilibre qu’elle apporte. Une joueuse qui, au fond, symbolise l’ADN même des Banyana Banyana : rigueur, panache et esprit d’équipe.