Michaely Kyria Bihina, les mains sûres du Cameroun
Née pour gagner. Michaely Kyria Bihina.
Une clean sheet face au Nigeria, dix fois champion d’Afrique et tenant du titre, suffit à inscrire un nom dans les livres d’histoire.
La performance de Michaely Kyria Bihina, décisive dans la victoire historique du Cameroun (1-0), a non seulement permis aux Lionnes Indomptables de rejoindre les demi-finales de la TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations Féminine, Maroc 2026, mais également de retrouver la Coupe du Monde pour la première fois depuis 2019.
Dès la première minute, la gardienne de 22 ans a été mise à contribution par l’attaque nigériane emmenée par sa capitaine Rasheedat Ajibade. Mais Bihina a rapidement imposé sa présence.
Elle avait compris la mission. Avec le poids de tout un pays sur les épaules, elle a montré que, pour franchir la dernière ligne de défense camerounaise, les Nigérianes allaient devoir réaliser un exploit.

Bihina. Bihina. Bihina.
Allez ! Allez ! Allez ! Dans les tribunes, les supporters camerounais ont scandé son nom, encore et encore, pour l'encourager. À chacune de ses interventions, les applaudissements ont retenti. Mais surtout, le public a savouré la prestation exceptionnelle de sa gardienne, au terme d'une soirée où le Cameroun devait absolument répondre présent.
Cette rencontre constituait le 14e affrontement entre le Cameroun et le Nigeria à la CAN féminine, un record dans l'histoire de la compétition. Avant le 9 août 2026, les Camerounaises ne s'étaient imposées qu'une seule fois face à leurs voisines.
C'était en 2012, à Malabo, en Guinée équatoriale. Un but de Gaëlle Enganamouit avait alors permis aux Lionnes Indomptables de décrocher la troisième place.
Bihina avait huit ans, dix mois et quinze jours. Une enfant.
Depuis, le Nigeria avait pris le dessus, remportant deux finales consécutives face au Cameroun, en 2014 à Windhoek, en Namibie, puis en 2016 à Yaoundé. Les Camerounaises n'ont jamais oublié cette dernière défaite, concédée dans un stade Ahmadou-Ahidjo plein à craquer.
En 2018, le Nigeria s'était encore imposé en demi-finales, aux tirs au but (4-2), après un match nul et vierge. Quatre ans plus tard, un but de Rasheedat Ajibade avait suffi aux Super Falcons pour éliminer le Cameroun en quarts de finale.
Le Cameroun, lui, n'avait même pas participé à l'édition 2024, disputée l'année suivante.
Pour Bihina, qui participait à sa toute première CAN Féminine, il était donc temps de mettre fin à cette série devenue un véritable complexe dans les confrontations entre les deux voisines.
« Je suis tellement heureuse. C'est un rêve qui devient réalité. Disputer ma première CAN, battre le Nigeria et se qualifier pour la Coupe du Monde, c'est historique. Je suis tellement heureuse et excitée que nous ayons réussi cela en équipe. Je suis très émue », confiait-elle, presque aphone après les célébrations qui avaient suivi le coup de sifflet final.

Une gardienne hors norme
Neuf arrêts. Une deuxième clean sheet en quatre matches. Seulement deux buts encaissés depuis le début de la compétition. Le bilan de Bihina raconte à lui seul son tournoi.
La gardienne évolue à Benfica, au Portugal, et mesure pleinement la portée de cette victoire.
« Nous avions un objectif en abordant ce match : changer l'histoire de notre équipe nationale, notamment face au Nigeria. Je suis heureuse. L'équipe est heureuse. C'est un grand jour pour le football camerounais. »
Lorsque ses statistiques personnelles sont apparues sur l'écran géant du stade, supporters et adversaires lui ont réservé une ovation debout. Une reconnaissance à la hauteur d'une prestation qui appelait naturellement les applaudissements.
Sur la pelouse, son ancienne coéquipière de Benfica, la milieu nigériane Christy Ucheibe, qui avait livré un gros combat durant la rencontre, est venue à sa rencontre. Une accolade, quelques mots, puis un échange de maillots. Et de nouveaux applaudissements.
« Elle m'a félicitée. Elle m'a dit qu'elle était heureuse pour moi et que je le méritais. C'est une amie très chère. Nous avons joué ensemble à Benfica et ce geste compte énormément pour moi », raconte Bihina à CAFOnline.
Avant d'ajouter : « Pour moi, personnellement, cela a été un long parcours fait de travail et de discipline. Je continue à travailler avec humilité et à essayer de progresser chaque jour. Je suis heureuse d'être ici et de jouer pour le Cameroun. »
Née à Ekounou, dans le quartier de Nkoldongo, à Yaoundé, Bihina n'était pourtant pas destinée à devenir gardienne. Elle avait commencé comme attaquante. Puis sa taille a changé son destin.
« Mon entraîneur m'a dit que j'étais trop grande pour être attaquante et que je serais plus performante comme gardienne. J'ai accepté et, six mois plus tard, j'étais appelée en équipe nationale », raconte-t-elle avec un large sourire.
À 15 ans, elle connaît un premier aperçu de la domination nigériane. Lors des Jeux africains 2019, le Nigeria bat le Cameroun en finale aux tirs au but (3-2), après un score nul et vierge.
Le souvenir reste.
Bihina continue de travailler son jeu et rejoint ensuite le Racing Power, club de deuxième division portugaise. Elle participe au titre de champion et à la montée dans l'élite.
Ses performances attirent rapidement les regards. Jusqu'à celui du géant portugais Benfica, qui la recrute le 1er février 2026.
Quelques mois plus tard, elle ajoute un doublé à son palmarès, avec le championnat et la Coupe du Portugal.
Après cette saison exceptionnelle avec Benfica, Bihina vient désormais d'ajouter une demi-finale de CAN à son parcours. Et surtout, une qualification pour la Coupe du monde. Avec, en prime, la possibilité d'offrir au Cameroun le premier titre continental de son histoire dans la compétition féminine.

N'Kono, Antoine Bell, Kameni, Onana, Bihina...
En larmes, submergée par l'émotion, Bihina a été portée dans les airs par ses coéquipières au coup de sifflet final de l'arbitre centrale Antsino Twanyanyukwa.
Puis est venu le trophée de meilleure joueuse du match. Elle semblait encore avoir du mal à réaliser.
« C'était une grande journée pour moi. J'ai pu montrer que le Cameroun possède de très bonnes gardiennes. C'est un honneur d'être citée aux côtés de ces grandes gardiennes camerounaises qui ont représenté notre pays au fil des années », explique-t-elle lorsqu'elle évoque l'héritage du poste au Cameroun.
Le nom de Bihina commence désormais à s'inscrire aux côtés de ceux qui ont marqué l'histoire des buts camerounais.
Thomas N'Kono. Joseph-Antoine Bell.
Deux légendes qui ont contribué à installer le Cameroun parmi les grandes nations africaines, notamment lors des titres continentaux de 1984 et 1988. En 1990, en Italie, N'Kono avait encore marqué les esprits en gardant sa cage inviolée face à l'Argentine de Diego Maradona lors du premier match des Lions Indomptables à la Coupe du monde.
La liste est longue : Jacques Songo'o, Carlos Kameni, Alioum Boukar, André Onana, Fabrice Ondoa...
Le Cameroun a toujours produit de grands gardiens. Bihina entend désormais prolonger cette tradition. En travaillant, en restant humble et, surtout, en donnant envie à une nouvelle génération de Camerounaises et de Camerounais de croire en leurs possibilités.
Le prochain défi est déjà là.
Mercredi, à 21 heures, au stade Moulay El Hassan de Rabat, la gardienne camerounaise retrouvera un autre défi de taille : le Maroc, pays hôte et double finaliste de la CAN Féminine.
