Valentine Nguele, de la touche à l’histoire

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Portrait de sérénité au milieu du tumulte.

À la tête du Cameroun depuis deux mois, Valentine Nguele avance sans bruit, mais avec une ambition désormais immense : offrir aux Lionnes Indomptables leur premier titre continental.

Une nouvelle dynamique

Sa nomination a insufflé un nouvel élan à une sélection camerounaise longtemps en quête de repères. Chaque match est abordé comme une finale. Intensité, discipline, solidarité : Nguele a trouvé un équilibre entre l’expérience des cadres et l’enthousiasme d’une jeune génération qui ne cesse de monter en puissance. 

« Les joueuses expérimentées ont facilité l’intégration des plus jeunes en leur expliquant les exigences du niveau international, la discipline du groupe et les valeurs du maillot », souligne la sélectionneuse.

À 21 ans, Monique Ngock mesure pleinement l’importance de cet héritage. Elle s’appuie notamment sur Gabrielle Aboudi Onguene, qui dispute sa huitième CAN, mais aussi sur Gaëlle Enganamouit et Ngo Mbeleck. « Elles nous donnent beaucoup de conseils et essaient de nous mettre sur le bon chemin », explique la milieu de terrain. Une transmission qui, selon elle, nourrit la confiance plutôt que la pression. 

Effacer les vieux démons

Pour retrouver une finale, le Cameroun a dû traverser une longue période de turbulences. La dernière remontait à 2016, conclue par une défaite (0-1) face au Nigeria. Depuis, les Lionnes avaient connu une troisième place en 2018 au Ghana, une élimination en quarts en 2022, au Maroc, contre les Super Falcons, puis deux absences consécutives de la compétition.

L’élargissement de la CAN à 16 équipes leur a finalement offert une nouvelle chance. Elles l’ont saisie à pleine vitesse. Victorieuses du Mali (2-1) puis du Ghana (1-0), elles furent les premières à valider leur billet pour les quarts de finale. 

Premières du Groupe D avec sept points, les Camerounaises ont ensuite hérité d’un immense défi : le Nigeria, champion d’Afrique en titre et détenteur du record de victoires dans la compétition. Mais le Cameroun, porté par un coup franc magnifique de Myriam Maéva Nyadjou, a fait tomber les Super Falcons (1-0). Dans le but, Michaely Bihina a livré une prestation monumentale avec neuf arrêts. 

Quelques jours plus tard, la gardienne de 22 ans allait encore frapper les esprits en arrêtant quatre tirs au but face au Maroc, propulsant les Lionnes en finale.

Le collectif comme ligne directrice

Pour Nguele, cette aventure repose autant sur la force du collectif que sur les exploits individuels. Sur la route de la finale, le Cameroun a éliminé les trois dernières équipes à avoir occupé le podium de la précédente édition : le Nigeria, champion, le Maroc, finaliste, et le Ghana, troisième. 

« C’est un sentiment de joie et de fierté pour le travail accompli. Le sentiment de rendre toute une nation heureuse », confie la sélectionneuse.

Une histoire qui s’écrit

Dimanche, Nguele pourrait rejoindre un cercle très fermé. Depuis la création de la CAN féminine, seules quatre entraîneures ont remporté le trophée : Clémentine Touré avec la Guinée équatoriale en 2008, Eucharia Uche en 2010, Florence Omagbemi en 2016 et Desiree Ellis en 2022. 

À Rabat, le 16 août, face au Malawi, la Camerounaise aura l'occasion d'inscrire son nom dans cette histoire.

Mais cette finale est surtout l'aboutissement d'un travail entamé bien avant le début de la compétition. « Atteindre la finale de la CAN est le fruit d’au moins deux à trois mois de travail tactique et collectif », estime Nguele, qui insiste sur la résilience, la solidarité et la capacité de ses joueuses à assimiler rapidement les ajustements tactiques. 

De joueuse à sélectionneuse

L'histoire de Nguele avec le football camerounais ne date pas d'hier. Internationale entre 2000 et 2010, elle a remporté le bronze aux Jeux africains de 2003 et participé à la CAN 2006, où le Cameroun avait terminé quatrième. Vingt ans plus tard, elle s'apprête à disputer une finale continentale, mais cette fois depuis le banc. 

Elle a rapidement embrassé une carrière d'entraîneure après avoir raccroché les crampons en 2010. Licences CAF C en 2011, B en 2015 puis A en 2023 : son parcours s'est construit patiemment, entre formation des jeunes et responsabilités dans le football féminin camerounais. 

Avec Louves Minproff, elle a remporté huit titres de championne du Cameroun et six Coupes du Cameroun. Elle a également décroché quatre titres aux Jeux nationaux avec la sélection régionale et deux championnats avec FC Ebolowa, en 2024 et 2026. 

« Le football est une véritable passion. J’aime les moments que je passe chaque jour sur le terrain. Mon style est participatif et impliqué », explique-t-elle.

Vingt-neuf ans après ses débuts

Le succès en demi-finales contre le Maroc a donné une autre dimension à son parcours. Nguele a pris le dessus sur Jorge Vilda, l’entraîneur espagnol champion du monde en 2023, dans un duel tactique qui a permis au Cameroun de retrouver la finale et de décrocher, au passage, sa qualification pour la Coupe du Monde Féminine 2027. 

En 1997, lorsqu'elle débutait sa carrière de joueuse, aurait-elle imaginé qu'elle dirigerait, vingt-neuf ans plus tard, le Cameroun en finale de la CAN et au Mondial 2027 ?

Sans doute pas.

Dimanche, au Stade Moulay El Hassan de Rabat, Valentine Nguele aura pourtant l'occasion d'aller encore plus loin. Face au Malawi de Lovemore Fazili, elle peut offrir au Cameroun un deuxième sacre continental et écrire la plus belle page de sa jeune carrière d'entraîneure.