CAN U-17 : Seydina Issa Aidara (Sénégal) : « La vraie histoire s’écrit en finale »

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Qualifiés pour la finale de la TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations U-17, Maroc 2026 ce mardi, les Lionceaux de la Teranga affichent une sérénité froide. Leur sélectionneur, Seydina Issa Aidara, refuse l'enflammade et prône l'exigence absolue. Entretien au cœur d’une bulle hermétique.

Seydina Issa Aidara n’est pas homme à vendre la peau de l'ours. À quelques heures d'une finale continentale explosive face à la surprise tanzanienne, le patron des U-17 sénégalais a posé les barbelés mentaux. Pas de triomphalisme, pas de fioritures. Pour lui, le plus dur commence maintenant.

L’humilité en bandoulière

Au Sénégal, la culture de la gagne est devenue une seconde nature ces dernières années. Mais pour le technicien, chaque génération repart de zéro. Pas question de se faire écraser par le poids de l’héritage. « Je le vis comme un héritage inspirant, les succès récents montrent la voie », glisse-t-il, avant de recadrer : « Mais chaque génération doit écrire sa propre histoire sans se sentir écrasée par une obligation de résultats. »

Pour s’éviter le piège du vertige, Aidara a distillé un message limpide à ses troupes : la qualification n’est rien, le titre est tout.

« Il faut savourer, mais tout en restant humble. La vraie histoire s’écrit en finale, pas avant. Il faut rester concentré et attendre de gagner la coupe pour exploser et jubiler. »

Une manière de désamorcer la cocotte-minute émotionnelle propre à la catégorie des moins de 17 ans, où la frontière entre euphorie et frustration est souvent poreuse. « Je leur ai dit de jouer pour le plaisir, pas pour la pression. La finale est une récompense, pas un fardeau. Libérez vos talents. »

Le plan anti-Tanzanie restera secret

Face aux Lionceaux se dresse une Tanzanie séduisante, collectivement huilée et coriace. Un adversaire décrypté à la loupe par le staff sénégalais, même si Aidara refuse de livrer ses clés tactiques sur la place publique. « Ce qu’on va se dire sera entre nous, dans l’équipe. On n’a pas besoin de l’étaler. À ce niveau, tout le monde se connaît. Chacun mettra en place sa stratégie pour gagner le rapport de force. »

Le technicien prévient toutefois : le Sénégal ne jouera pas contre-nature et compte bien « imposer son rythme ». Pour faire la différence, il mise sur un secteur souvent décisif dans les grands rendez-vous : les coups de pied arrêtés.

« Tous les matchs se jouent sur des détails, et les coups de pied arrêtés en font partie. C’est un secteur que les gens négligent, mais on a vu récemment les grandes équipes internationales performer dans ce domaine. Pourquoi pas nous ? On l'a travaillé et on continue de le travailler. »

Une bulle de fer et un « mental d'acier »

Pour préparer ce commando, le sélectionneur a tranché dans le vif : isolation totale. Une chape de plomb volontaire pour maintenir le groupe focus sur l'objectif ultime, alors que la fatigue physique commence à peser sur les organismes. « Les corps sont fatigués, mais jouer une finale procure une telle motivation qu'on l'oublie », assure-t-il, rendant au passage un vibrant hommage à son staff médical pour avoir remis tout le monde sur pied. Aucun blessé n'est à déplorer.

Cette résilience, le Sénégal la puise dans ses doutes initiaux. Battus d'entrée de tournoi par l’Afrique du Sud 2-1, les Lionceaux ont dû se faire violence pour se hisser jusqu’ici. Une bénédiction cachée selon le coach : « Cette défaite nous a permis de prendre conscience de la dureté de la tâche. Rien ne sera donné, tout va s’arracher. Ça leur a forgé un mental de fer, un mental d’acier. C'est au niveau mental que l'équipe a le plus progressé. »

L'union sacrée : des remplaçants au cœur du projet

Dans ce groupe de adolescents aux portes du professionnalisme, Aidara se comporte autant en mentor qu’en tacticien. Son attention se porte d'ailleurs sur ceux qui sont sur le banc. « Chaque membre de l’équipe a un rôle clé à jouer. Il est essentiel de valoriser nos remplaçants en leur rappelant à quel point leur énergie, leur soutien et leur attitude positive sont les moteurs de notre réussite collective.  Le titre se construit grâce à eux.”Ce discours transforme la frustration en responsabilité. 

Un discours de patron, tourné vers l'avenir de garcçons dont la carrière ne s'arrêtera pas au coup de sifflet final. « Le talent ouvre des portes, mais seuls le sérieux et la discipline les maintiennent ouvertes. Il faut que la CAN soit un tremplin, pas une fin en soi. »

Mardi, face au peuple sénégalais dont il réclame « la ferveur et les prières », Seydina Issa Aidara jouera sa plus belle partition. Avec l'ambition froide de ramener l'or à Dakar.