Mondial 2026 : Le Maroc avance avec le statut de géant
Le Maroc débarque en Amérique du Nord escorté par une attente immense et une certitude chevillée au corps, quatre ans après être devenu la première nation africaine à se hisser dans le dernier carré à Qatar 2022. En soumettant plusieurs des plus grands monstres sacrés de la planète, les Lions de l’Atlas ont définitivement bouleversé l'histoire du football africain, prouvant qu'un représentant du continent pouvait légitimement briguer le titre suprême.
Aujourd'hui, avec le monumental Yassine Bounou dans les cages, le Maroc se prépare à une nouvelle campagne où l'objectif ne sera pas simplement de faire de la figuration, mais de prouver que l'épopée de Doha n'était pas un simple feu de paille. Les hommes de Mohamed Ouahbi ont hérité d'un Groupe C relevé, où ils croiseront le fer avec le Brésil, l'Écosse et Haïti. Le choc d'ouverture face à la Seleção, à New York New Jersey, fera office de crash-test immédiat pour mesurer leurs ambitions face à la nation la plus sacrée de l'histoire du Mondial.

Le souffle d'une révolution continentale
Pour le public africain, le retour aux affaires des Lions de l’Atlas revêt une résonance toute particulière. Le run magique de 2022 a dépassé les frontières du royaume pour devenir un marqueur temporel à l’échelle du continent, brisant une bonne fois pour toutes les plafonds de verre psychologiques du football mondial.
Bounou, l’un des grands artisans de ce chef-d'œuvre, assure que les fondations du miracle marocain sont restées intactes. « La qualité des joueurs est toujours là », a confié le portier à la FIFA. « Le bon état d'esprit sera là aussi, parce que c'est une Coupe du Monde et que chaque joueur rêve d'y participer. Pour certains, ce sera peut-être la dernière. Pour d'autres, ce sera un grand baptême du feu. »
Ce savant alliage entre briscards du Golfe ou d’Europe et jeunes loups aux dents longues sera la clé de voûte de l'édifice marocain. Au Qatar, la bande à Bounou avait conquis la planète par sa discipline de fer, sa structure défensive hermétique, sa force collective et cette capacité unique à faire le dos rond sous la pression sans jamais fléchir. Cette année, l'effet de surprise s'est évaporé : personne ne les sous-estimera.

Le piège du changement de statut
Vingt-deuxième au classement FIFA à l’aube du Mondial qatarien, le Maroc pointe désormais au huitième rang mondial, côtoyant le gratin de la planète foot devant des nations comme la Belgique ou l'Allemagne. Ce bond de géant a radicalement changé le regard des observateurs. Les Marocains ne sont plus de séduisants outsiders en quête d'un coup d'éclat ; ils font partie des cadors respectés, ce qui engendre un tout autre type de pression.
Bounou exhorte d'ailleurs ses troupes à garder les pieds sur terre, même si la confiance est au zénith au sein du vestiaire. « Soyons honnêtes : il y a des équipes qui sont plus favorites que nous. De notre côté, nous sommes sur une trajectoire de progression continue depuis 2022. Essayons de poursuivre sur cette lancée. Après, impossible de dire jusqu'où nous pourrons aller. » Le portier de 35 ans savoure néanmoins ce nouveau statut : « Nous sentons que nous sommes respectés, et cela doit nous donner confiance. Je pense qu'il y a un sentiment de crédibilité que nous ne ressentions peut-être pas auparavant en tant qu'équipe africaine. »

Une identité préservée malgré la transition
Cette révolution des mentalités reste le plus bel héritage de 2022. Le Maroc n'a pas seulement intégré le top 4 mondial, il a forcé la planète football à recalibrer ses grilles de lecture sur le potentiel du football africain. Le grand défi consiste désormais à sanctuariser ces acquis. Le staff a pourtant bougé depuis le Qatar, Mohamed Ouahbi ayant succédé sur le banc à Walid Regragui en mars dernier.
Mais l'ADN des Lions reste inchangé : discipline collective sacrificielle, union sacrée sur le plan émotionnel, imperméabilité défensive et courage de jouer les yeux dans les yeux avec les gros bras. Reda Tagnaouti, qui s'apprête à endosser le costume de troisième gardien pour un troisième Mondial consécutif, rappelle à quel point cette fraternité a pesé dans la balance. « Dès le premier jour de notre arrivée au Qatar, nous avons senti quelque chose », confie le finaliste de la Ligue des Champions de la CAF avec l'AS FAR le mois dernier. « Normalement, quand on passe près d'un mois et demi dans une bulle, il y a des jours où des étincelles éclatent à l'entraînement entre partenaires. Là, absolument rien. Nous étions un groupe exceptionnel, entouré de nos proches et de nos familles. C'est pour cela que nous avons accompli tant de choses. »

Bounou, la muraille inamovible
Un sentiment partagé par le dernier rempart marocain. « En 2022, l'atmosphère était tout simplement incroyable », prolonge Bounou. « Nous étions tous habités par la volonté de marquer de notre empreinte l'histoire du football marocain et africain. » Une dalle qui s'est lue sur le rectangle vert : le Maroc n'a encaissé qu'un petit but lors de ses cinq premières sorties au Qatar, avant de s'incliner avec les honneurs face à la France en demi-finale (2-0) puis contre la Croatie lors de la petite finale (2-1).
Cette imperméabilité demeure la marque de fabrique de la sélection, et Bounou en est la clé de voûte. Depuis l'épopée de Doha, le portier d'Al-Hilal tourne à des standards vertigineux : lors de ses 37 dernières apparitions sous la tunique nationale, il n’a concédé que 14 petits buts, soit une moyenne affolante de 0,37 but par match. À 35 ans, le natif de Montréal apporte une sérénité et une autorité indispensables dans une poule qui s'annonce physique. « Je suis peut-être un peu mieux armé mentalement grâce à mon vécu », glisse-t-il. « Mon objectif principal est d'aborder la compétition avec une vraie notion de plaisir, de tout donner et, surtout, de n'avoir aucun regret. »

La force de l'ombre
La force du Maroc ne réside pas seulement dans son onze de départ. L'un des secrets de cette montée en puissance se trouve dans le professionnalisme des travailleurs de l'ombre, ces joueurs de vestiaire indispensables à la vie de groupe. Tagnaouti rappelle l'importance cruciale de l'acceptation des rôles dans un tournoi court : « Certains ne joueront pas. Je n'ai pas joué [en 2022], ce qui est normal puisque je suis le numéro trois », assume le gardien de l'AS FAR. « Mais il faut rester mobilisé. On se dit que si Yassine se blesse – ce qu'on ne souhaite évidemment pas – et que Munir [El Kajoui, le numéro deux] prend un carton, on doit être prêt à répondre présent. On donne le meilleur de soi-même au quotidien. Quand on s'entraîne proprement et qu'on se comporte en pro, les résultats suivent. Nous sommes une seule et même équipe. »
Cet état d'esprit sera un atout précieux sur le sol américain, où il faudra gérer la pression médiatique, les longs trajets, l'attente du public et l'exigence physique d'un Mondial XXL à 48 équipes.
Le premier round face au Brésil s'annonce d'ores et déjà comme l'un des blockbusters de cette phase de poules. Ce sera le moment de vérité pour valider le statut des Lions face aux maîtres du jeu. L'Écosse proposera ensuite une opposition radicalement différente, faite d'intensité athlétique et d'organisation à l'européenne, tandis qu'Haïti jouera sa carte à fond avec l'ambition du novice.

Cap sur une nouvelle dimension
Pour le sélectionneur Mohamed Ouahbi, tout l'enjeu sera de maintenir son groupe sous haute vigilance tout en distillant la dose de confiance nécessaire héritée du passé récent. Pour le football africain, la campagne des Marocains sera de nouveau scrutée à la loupe. Le séisme du Qatar a ouvert le champ des possibles sur tout le continent ; une confirmation en Amérique du Nord viendrait définitivement valider l'idée que l'Afrique peut s'installer de manière pérenne à la table des rois.
Bounou, de son côté, refuse de verser dans les promesses démagogiques. Il veut du combat, du plaisir et de la sueur. Mais l'ambition, elle, reste XXL. « À la Coupe du monde 2026, le Maroc marquera à nouveau le football mondial de son empreinte. Je suis convaincu que le peuple marocain sera fier et heureux de son équipe. Espérons que nous pourrons rééditer quelque chose de vraiment, vraiment grand, tout comme en 2022. » Le rendez-vous est pris.