D’Abidjan à Marrakech : l’Africa Trip XXL de Sacko Camara
À première vue, c’est l’histoire d’un humoriste qui avait simplement raté une promo sur un billet d’avion. À mieux y regarder, c’est tout autre chose : la trajectoire de Sacko Camara, un Franco-Ivoirien qui a fait de l’imprévu un art, du voyage une matière à rire, et de la TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations, Maroc 2025 un fil rouge affectif. Après un premier road trip entre Paris et Abidjan pour assister à la CAN 2023 en Côte d’Ivoire, Sacko remet le moteur en marche : direction Marrakech, pour vivre la TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations, Maroc 2025, en traversant toute la côte ouest du continent. Une virée XXL, entre défi, engagement humanitaire et amour du foot.

« Si c’est comme ça, j’y vais en voiture »
L’idée du premier road trip n’avait pas germé lors d’un brainstorming acharné, encore moins dans un tableur Excel. Non. Elle est née dans ce terrain vague qu’on appelle la blague qui va loin. Un soir, alors qu’il cherche des billets pour Abidjan à quelques mois de la TotalEnergies CAF CAN 2023, Sacko procrastine. Il remet son achat à plus tard. Mauvaise option. Les prix triplent. L’humoriste fulmine, appelle un ami qui bosse dans le secteur aérien, chambre un peu : « Si c’est comme ça, j’y vais en voiture ! » Il rit. Son pote rit. Puis plus personne ne rit.« Quand j’ai raccroché, je me suis dit : attends… est-ce que c’est possible, en fait ? Abidjan en voiture ? »
Le cerveau s’emballe. L’aventure se dessine. Et les potes — Randy et Chris — suivent le mouvement, comme on embarque dans un délire qui peut changer une vie.

Ils traversent l’Europe, le Sahara, les frontières. Ils se perdent, se retrouvent, se dépassent. Une épopée à la Mad Max version africaine, mais dans une voiture, avec des playlists animées et une bonne dose d’amitié. À leur arrivée à Abidjan, l’exploit fait sourire tout le monde, sauf Mokobé, qui le voit venir de loin. L’ancien du groupe de rap 113 lui glisse dans l’oreille : « C’est bon, vous l’avez fait. Tout le monde va t’attendre à la prochaine CAN. »
Sur le moment, Sacko rigole. Puis il comprend que non : on ne plaisante pas avec les prophéties de Mokobé.
Nouveau défi, nouveau continent dans le viseur
Un an et demi plus tard, l’humoriste ne mange plus des alokos à Treichville mais planche sur la carte de l’Afrique de l’Ouest comme un géographe inspiré. Le projet prend forme : repartir, mais depuis Abidjan cette fois. Direction Marrakech. Traverser la Guinée, le Sénégal, la Mauritanie, remonter vers le royaume chérifien. Un trait de feutre sur une carte, un enchaînement de routes mythiques dans la réalité.
« Le schéma est simple », dit-il. Sur le papier, peut-être. Dans la vraie vie, beaucoup moins. Mais c’est justement ça qui l’attire : l’idée du défi, celle de repousser les frontières du raisonnable, de transformer une compétition sportive en aventure humaine.
De la route, mais aussi du sens
Car cette fois, il n’est plus question seulement d’un road trip entre potes. Le projet change d’échelle, prend une direction plus forte. L’équipe de Sacko travaille désormais main dans la main avec une ONG : WhatWater, engagée dans l’accès à l’eau sur le continent.
« On a vraiment envie de faire du bien autour de nous », insiste-t-il. Ce n’est pas un slogan marketing, ni le gadget d’un influenceur en quête d’image. C’est une manière de redonner à un continent qui lui a tout donné : les racines, la langue, la musique, le rire.
Le voyage devient alors un geste solidaire. À chaque étape, ils veulent rencontrer des communautés, soutenir des projets liés à l’eau, documenter, sensibiliser. L’objectif n’est plus seulement d’aller à la CAN : c’est d’aller où les caméras ne vont pas.
Les routes d’Afrique, le cœur qui bat
Ce nouveau périple, Sacko l’imagine dense, vivant, imprévisible. Une succession de paysages à couper le souffle, d’histoires improvisées, de rencontres qui marquent. De Conakry à Dakar, de Dakar à Nouakchott, de Nouakchott à Dakhla, puis Marrakech comme ligne d’arrivée.
On y verra du sable, du vent, de la mécanique, des check-points interminables, des villages où le partage est un maître -mot, des stades, des fous rires et les silences où l’on se dit que oui, le monde est immense.
On y verra aussi un passionné, un vrai, celui qui n’a jamais manqué une CAN « de cœur », même quand la Côte d’Ivoire tombait face à son croque-mitaine : l’Égypte. Il lâche en riant : « Gabaski nous traumatisait ! Je le voyais comme ça, il prenait toutes les cages ! »
Mais derrière l’humour, il y a une vérité : pour Sacko, la Coupe d’Afrique des Nations dépasse le football. C’est une fête populaire, un moment d’unité, un condensé de chaleur humaine.
La CAN comme un retour à la source
Né à Abidjan, grandi en France, il porte la compétition africaine comme un parfum d’enfance. Il y voit ce que beaucoup y trouvent : un rendez-vous de passion, de prouesses inattendues et d’émotions franches.
« En Côte d’Ivoire, j’ai trouvé de l’amour, de la joie, de la bonne humeur, du fair-play. C’est tout ce que j’attends, car on en a besoin. » Dans un monde saturé de polémiques, de tensions, de divisions, Sacko cherche ce qui réunit. Et son voyage est à l’image de cette quête : fragile, solaire, imparfait, mais profondément humain.
Marrakech comme horizon
Qu’est-ce qu’il attend de cette CAN 2025 ? Des stades pleins, des drapeaux partout, de la transpiration, des chants, des prolongations irrespirables et des supporters qui y croient jusqu’au bout. Marrakech, ce sera l’arrivée. Mais l’essentiel ne sera pas là. L’essentiel, ce sera la route.
La manière d’y arriver. Les traces laissées derrière eux. L’énergie partagée avec ceux qui n’auront peut-être jamais mis les pieds dans un stade mais pour qui la CAN représente quelque chose d’immense.