Éric Sékou Chelle : “Quand on est le coach du Nigeria, il faut tout gagner.”
- Depuis sa prise de fonction en mars 2025, Chelle a transformé les Super Eagles : 6 matchs, 4 victoires, 2 nuls, 14 points sur 18 possibles, contre seulement 2 avant son arrivée, lors des éliminatoires de la Coupe du Monde de la FIFA 26™
- Ancien sélectionneur du Mali, il avait mené les Aigles jusqu’aux quarts de finale de la dernière TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations en Côte d’Ivoire
- Dans un entretien exclusif accordé à CAFOnline.com, il dévoile son ambition pour le Nigeria, sa gestion d’une armada offensive exceptionnelle et sa philosophie humaine centrée sur le respect et la cohésion.
Éric Sékou Chelle n’est pas venu pour faire de la figuration. Depuis sa prise de fonction en mars 2025, le nouveau sélectionneur du Nigeria a redressé les Super Eagles : quatre victoires, deux nuls en six matchs, 14 points sur 18 possibles contre seulement deux avant son arrivée, et une place de barragiste arrachée pour les qualifications de la Coupe du Monde 2026™. Un véritable coup de tonnerre pour une équipe qui se cherchait.
Avant de poser ses valises à Abuja, Chelle avait déjà prouvé son talent avec le Mali, qu’il avait conduit jusqu’aux quarts de finale de la dernière CAN en Côte d’Ivoire. Dans un entretien exclusif accordé à CAFOnline.com, le tacticien malien se confie. Entre rigueur tactique, gestion d’une armada offensive de classe mondiale et philosophie humaine axée sur le respect et la cohésion, Chelle affiche clairement son ambition : ramener le Nigeria au sommet du football africain.

CAFOnline.com : Le simple fait d'entendre qu'Éric Sékou Chelle dirige désormais le Nigeria, qu'est-ce que ça réveille en vous ?
Éric Sékou Chelle : C'est quelque chose de grand. Le Nigeria, c'est quand même une très grosse équipe. C’est peut-être même la meilleure équipe en Afrique, déjà sur le plan sportif et en termes d’aura, en termes de beaucoup de choses. Donc, pour moi, c’est une très grande fierté. Comme je l’ai souvent dit, c’est comme si c’était une Coupe du Monde pour moi.
C’est une très grande sélection. Moi, ça me parle encore plus parce que j’étais vraiment un supporter de cette équipe. Je me souviens de la Coupe du Monde 1998, quand ils sont venus en France, ils avaient une très belle équipe. Je me souviens même avoir acheté les maillots du Nigeria. Pour moi, c’est une très grande fierté, ça va même au-delà.
Vous êtes Malien d’origine, mais aujourd’hui à la tête d’un cador du football africain. Que signifie ce croisement des cultures pour vous ?
Comme je le dis souvent, c’est mon ADN. Quand je fais un retour sur ma carrière, ce n’est pas une question de football. Le fait d’être venu entraîner en Afrique, d’avoir fait ce pas, ça va au-delà du sport. Je me sers du football pour véhiculer un message derrière : celui que tout le monde peut vivre ensemble. Ce n’est pas une question d’origine, ni de religion, mais de respect de l’individu.
C’est vrai que ça a beaucoup fait parler qu’un Malien soit à la tête de cette sélection, mais moi j’essaie simplement de faire mon travail avec humilité et respect.
Je suis venu avec cette casquette d’une personne à 50 % malienne, à 50 % française. Mais aujourd’hui, je suis au Nigeria, je me considère comme Nigérian, et je suis prêt à tout donner pour cette équipe et pour ce pays. Je suis focalisé sur le respect de l’individu, le respect d’autrui, et j’avance doucement en fixant mes objectifs personnels.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris en entrant dans la “Naija family” ?
Déjà, il y a beaucoup de monde ! C’est un pays très passionné, qui aime énormément le football. Ils connaissent bien ce sport. Il y a 230 millions de Nigérians, donc 230 millions de coachs, 230 millions de journalistes, 230 millions de décideurs !
Ils ont beaucoup d’exigence, il y a beaucoup de pression. Ce sont des supporters très émotifs, qui réagissent très vite. Ça peut être très bien, mais parfois aussi dangereux. J’ai dû m’adapter rapidement, me mettre une bulle autour de moi pour rester concentré sur mes objectifs.
Je ne suis plus sur les réseaux sociaux depuis un moment, donc j’évite tout ce bruit pour me concentrer sur mon travail, avec mon staff technique. Aujourd’hui, on avance pas à pas. On n’a encore rien fait, on a juste monté une marche, et maintenant, on travaille sur la prochaine.
Justement, quel mot définit le mieux l’état d’esprit du Nigeria avant cette TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations, Maroc 2025 : revanche, ambition ou sérénité ?
Je ne sais pas s’il peut se définir par un seul mot. Lors du tirage, j’avais parlé d’une équipe revancharde, mais en réalité, l’état d’esprit est plus large que ça.
C’est la chose la plus importante en sélection, car on n’a pas beaucoup de temps pour travailler. Les regroupements sont courts, donc il faut se concentrer sur cet état d’esprit, qui devient le ciment de toutes les composantes de la performance.
J’ai partagé ma propre définition de cet état d’esprit avec les joueurs, et je pense qu’ils commencent à l’assimiler. Il ne s’agit pas seulement de tactique ou de technique, mais surtout de valeurs. Et cette équipe commence à s’identifier à ces valeurs.

Les Super Eagles évolueront dans le Groupe C avec la Tunisie, l’Ouganda et la Tanzanie. Quelles sont vos impressions sur cette poule ?
En Coupe d’Afrique, il n’y a plus de petite équipe. C’est une fête, et toutes les nations qui participent ont les mêmes chances. Ces équipes veulent montrer qu’elles progressent et qu’elles évoluent dans leur football et leur vision.
Nous, avec notre histoire, notre qualité de jeu, et le nombre de grands joueurs passés et présents, on se doit de faire une grande CAN.
C’est un groupe difficile : la Tunisie sort d’une très bonne année, l’Ouganda progresse beaucoup sous Paul Put, et la Tanzanie dispose d’un championnat compétitif. Il faudra être très sérieux et faire confiance à notre état d’esprit.
Osimhen, Lookman, Boniface… le Nigeria dispose d’une armada offensive incroyable. Comment gérez-vous cette richesse ?
Il y a au moins 25 joueurs capables d’évoluer en attaque, donc plus d’une équipe ! On essaie de gérer au mieux. On a mis en place un système de suivi de joueurs : on observe environ 80 joueurs chaque semaine, soit 80 matchs à regarder.
Les choix se font sur plusieurs critères : d’abord, jouer dans son club ; ensuite, être performant ; enfin, s’adapter au système tactique. Parfois, le critère tactique l’emporte. Par exemple, Ademola Lookman n’avait pas beaucoup joué avec l’Atalanta en début de saison, mais je ne pouvais pas faire une sélection sans le Meilleur Joueur Africain. Même en 15 minutes, il peut faire la différence.
Ce n’est jamais facile de choisir 25 joueurs, et au Nigeria, c’est encore plus difficile. C’est pour ça qu’on travaille énormément.
Le Nigeria n’a plus été sacré champion d’Afrique depuis 2013. Comment gérez-vous la pression populaire liée à cette attente ?
Comme je l’ai dit, j’ai créé une bulle autour de moi. Je reste concentré sur mes objectifs. Avant la CAN, il y a un objectif très important : les play-offs pour la Coupe du Monde.
L’objectif, c’est de gagner ces matchs (ndlr : contre le Gabon, le 13 novembre puis éventuellement la finale le 16 novembre). Si on gagne le premier, on visera le deuxième, puis on se focalisera sur la CAN. On travaille en parallèle, mais notre mentalité doit d’abord être tournée vers ces échéances.
Quand on est coach du Nigeria, il faut tout gagner. Mais on avance avec humilité, le sourire et l’envie. Cette équipe a de grands joueurs. Si elle reste sérieuse, motivée et unie, rien n’est impossible.
Quel est l’objectif exact du Nigeria pour cette CAN ?
Bien sûr qu’on veut la gagner. Personnellement, j’ai envie de remporter la CAN. Ma dernière, qui était ma première, a été une expérience exceptionnelle. Je pense qu’au Maroc, ce sera aussi une grande compétition.
Les joueurs ont la même envie. Depuis mars, on joue chaque match sous pression. Quand on mettra le pied au Maroc, cette pression, on la connaîtra déjà. On sera prêts mentalement et dans notre état d’esprit.
Si on arrive après une victoire en play-offs, il sera difficile de nous arrêter. Mais il y a de grosses équipes : le Maroc, favori, la Tunisie, la Côte d’Ivoire… Des nations en pleine forme.
Mais notre force, c’est que les joueurs ont souffert et trouvé une éclaircie. Ça peut faire très mal pour nos adversaires.
Quel titre aimeriez-vous lire dans les journaux après la CAN ?
Nigeria, champion d’Afrique.
