James Kwesi Appiah (Soudan) : « Nous venons à la CAN pour nous battre, pas pour participer. »
En pleine guerre civile, le Soudan a accompli un exploit qui dépasse le cadre du football. Qualifiés pour la TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations, Maroc 2025, après avoir devancé le Ghana, les Crocodiles du Nil se sont construits dans la douleur et l’exil, contraints de disputer tous leurs matchs “à domicile” loin de leurs terres.
À la tête de cette équipe courageuse, James Kwesi Appiah incarne la sérénité. L’ancien sélectionneur du Ghana, qu’il a mené au Mondial 2014, a guidé le Soudan dans l’une des périodes les plus sombres de son histoire.
À 64 ans, le technicien ghanéen s’apprête à relever un défi immense : sortir d’un groupe E relevé avec l’Algérie, le Burkina Faso et la Guinée équatoriale. Mais sa détermination reste intacte : « Nous ne venons pas pour participer, mais pour rivaliser », confie-t-il dans cet entretien exclusif accordé à CAFOnline.com.

CAFOnline.com : Le Soudan s’est qualifié pour la TotalEnergies Coupe d'Afrique des Nations, Maroc 2025, au terme d’un parcours remarquable, éliminant le Ghana. Quel regard portez-vous sur cet exploit ?
James Kwesi Appiah : C’est une immense satisfaction, surtout au vu du contexte. Beaucoup pensaient que le Ghana allait se qualifier, mais le football a changé : il n’y a plus de petites équipes. Bien sûr, en tant que Ghanéen, j’aurais aimé que les deux passent, mais ma mission est avec le Soudan. Les joueurs ont fait preuve d’un engagement exceptionnel. Ils ont mérité cette qualification.
Cette réussite a été obtenue malgré la guerre. Comment parvient-on à gérer un groupe dans de telles conditions ?
C’est extrêmement difficile. Depuis plus de deux ans, il n’y a plus de championnat au Soudan, ce qui rend la sélection très compliquée. Nous avons dû jouer tous nos matchs à l’extérieur. Le plus important a été de changer la mentalité : faire comprendre aux joueurs que chaque terrain devait devenir “notre maison”. L’attitude exemplaire des joueurs d’Al Hilal, d’Al Merreikh et de ceux basés ailleurs en Afrique a été déterminante.

L’absence de championnat national a-t-elle perturbé votre préparation ?
Oui, c’est un handicap majeur. La plupart de nos joueurs évoluent localement ou dans des pays voisins, quelques-uns en Malaisie ou en Libye. Sans compétition régulière, tout repose sur la rigueur et le travail pendant les stages. Mon staff technique a fait preuve d’un dévouement total, et cette cohésion a été la clé de notre réussite.
À quoi ressemble désormais la préparation du Soudan pour la CAN ?
Nous suivons plusieurs joueurs à l’étranger et nous allons utiliser la Coupe arabe, en novembre, comme tremplin. Ce tournoi servira de répétition générale avant le Maroc. Nous prévoyons également un ou deux matchs amicaux. L’objectif est de souder le groupe et de retrouver du rythme.

Vous affrontez l’Algérie, le Burkina Faso et la Guinée équatoriale. Quelle est votre approche face à de tels adversaires ?
Nous les respectons, mais nous ne les craignons pas. Si vous commencez à penser aux noms prestigieux avant un match, vous avez déjà perdu mentalement. Mon message aux joueurs est simple : croyez en vous et jouez pour montrer ce dont le Soudan est capable. Nous venons pour nous battre, pas pour faire de la figuration.
Si le Soudan atteint les phases à élimination directe, quelle sera la suite ?
Nous avancerons étape par étape. D’abord, sortir du groupe. Ensuite, chaque match à élimination directe devient une bataille ouverte. À ce stade, tout devient possible.

Vous avez dirigé le Ghana en Coupe du Monde et à la Coupe d'Afrique des Nations. Comment gérez-vous la fraîcheur physique des joueurs dans un tournoi aussi intense ?
La récupération est essentielle. Les joueurs doivent bien se reposer, bénéficier de massages, de bains glacés, et surtout éviter les distractions pour dormir suffisamment. Gérer la forme physique sur une période courte, c’est la base pour durer dans la compétition.
Quels joueurs soudanais devraient retenir l’attention au Maroc ?
Notre force, c’est le collectif. Nos jeunes courent sans relâche et progressent rapidement. Nous avons aussi un ou deux éléments venus de l’étranger, notamment d’Australie, qui peuvent surprendre. Le public découvrira de nouveaux visages.

Cette qualification génère-t-elle une pression supplémentaire compte tenu des attentes des supporters ?
Oui, évidemment. Le peuple soudanais traverse une période très difficile, et le football est devenu une source d’espoir. Nous n’avons pas les stars évoluant en Europe comme d’autres sélections, mais notre fierté et notre détermination compensent cela. Nous donnerons tout pour rendre ces gens fiers.
Quel message adressez-vous aux supporters soudanais qui feront le déplacement au Maroc ?
Les Soudanais sont aujourd’hui dispersés à travers l’Afrique à cause du conflit. Je m’attends donc à voir beaucoup d’entre eux dans les tribunes. Leur présence donnera de la force à mes joueurs. Je leur demande de venir nombreux et de soutenir cette équipe jusqu’au bout. Ensemble, nous ferons flotter le drapeau soudanais.
Quel titre aimeriez-vous lire dans les journaux après la CAN ?
« Le Soudan champion d’Afrique 2025. » C’est le rêve que nous portons tous.
