L’Égypte, la référence éternelle de la Coupe d’Afrique des Nations
Lorsque le premier coup de sifflet retentira ce dimanche au Maroc pour lancer la TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations 2025, aucune nation ne se présentera avec un héritage aussi lourd à porter que l’Égypte.
Septuple championne d’Afrique, la sélection des Pharaons n’est pas simplement une participante de ce tournoi : elle en est la référence.
Chaque nouvelle édition de la CAN invite à la comparaison avec la domination égyptienne d’hier, et chaque prétendant se voit, d’une manière ou d’une autre, mesuré à l’aune du standard qu’elle a imposé.
Alors que la grande messe du football africain retrouve la lumière, l’Égypte revient une fois encore sous les projecteurs, à la fois dépositaire d’un passé glorieux et candidate crédible pour le présent.
Le poids de sept sacres
L’Égypte demeure la nation la plus titrée de l’histoire de la Coupe d’Afrique des Nations, avec sept trophées soulevés et dix finales disputées.
Aucun autre pays n’a remporté la compétition à autant de reprises, et aucun n’a égalé son exploit le plus remarquable : trois titres consécutifs.
Cette série inédite, réalisée entre 2006 et 2010, a redéfini le récit moderne du football international africain. À une époque marquée par la montée en puissance du professionnalisme et de la sophistication tactique, l’Égypte a établi un modèle de constance qui n’a toujours pas été dépassé.
Ces triomphes ont été obtenus dans trois pays hôtes différents — l’Égypte (2006), le Ghana (2008) et l’Angola (2010) — preuve d’une domination capable de s’imposer bien au-delà de l’avantage du terrain.
Une dynastie bâtie sur la structure, pas sur le vedettariat
Au cœur de cet âge d’or figurait Hassan Shehata, sélectionneur au calme olympien, dont l’autorité discrète et la foi dans le collectif ont transformé l’Égypte en une machine parfaitement huilée.
Shehata s’appuyait majoritairement sur des joueurs évoluant dans le championnat local, parfaitement conscients du rythme, de l’intensité et des exigences tactiques du football africain.
Plutôt que de rechercher l’éclat individuel, l’Égypte misait sur la discipline, l’intelligence positionnelle et la maîtrise émotionnelle — des qualités décisives lors des matches couperets à haute pression.
L’identité de l’équipe était limpide : une possession maîtrisée, un bloc compact et une efficacité chirurgicale dans les moments clés.
Des icônes pour une époque
Cette domination reposait sur certaines des figures les plus marquantes de l’histoire de la CAN.
Gardien emblématique, Essam El Hadary, présent lors des trois sacres, est devenu le symbole du sang-froid sous pression, notamment lors des séances de tirs au but. Son leadership offrait à l’Égypte une sécurité aussi mentale que tactique.
En défense, Wael Gomaa incarnait la fiabilité et l’autorité, tandis que les milieux Ahmed Hassan et Hosny Abd Rabo dictaient le tempo. Hassan fut élu joueur du tournoi en 2010, quand Abd Rabo avait illuminé la campagne victorieuse de 2008.
Plus haut sur le terrain, Mohamed Aboutrika apportait créativité et sérénité dans les instants décisifs, transformant notamment le penalty victorieux lors de la finale 2006. Devant, Amr Zaki, Mohamed Zidan puis Gedo, artisan majeur du titre de 2010, garantissaient une efficacité permanente.
Ensemble, ils formaient une équipe qui ne se contentait pas de saisir les occasions : elle façonnait les résultats.
De l’héritage au renouveau
Depuis son dernier sacre en 2010, la relation entre l’Égypte et la CAN s’est complexifiée. Les Pharaons ont connu de longues absences, des désillusions cruelles et des éliminations prématurées, alternant finales perdues et sorties dès les huitièmes de finale entre 2017 et 2024.
Pourtant, même en période de transition, l’Égypte n’a jamais disparu du paysage : finaliste en 2017, qualifiée régulière, toujours considérée comme une menace.
C’est cette résilience qui lui permet d’aborder la CAN 2025 non pas comme une nostalgique du passé, mais comme une sélection capable de rejouer les premiers rôles.
Groupe B et route vers l’avenir
L’Égypte entame sa campagne 2025 dans le groupe B, aux côtés de l’Afrique du Sud, de l’Angola et du Zimbabwe — une poule qui exige rigueur et maîtrise plus que flamboyance.
Un contexte dans lequel les Pharaons ont, historiquement, toujours su s’exprimer.
Le défi sera désormais de transformer l’héritage en dynamique, de marier expérience et renouveau, et de faire de l’histoire une source d’inspiration plutôt qu’un poids.
La huitième étoile en ligne de mire
À l’aube de la CAN 2025, la question n’est pas de savoir si le passé de l’Égypte fut glorieux — cela ne fait aucun doute — mais si elle peut, une fois encore, convertir son pedigree en sacre.
La quête d’un huitième titre continental s’étire depuis plus d’une décennie, entre absences, reconstructions et rendez-vous manqués. Mais dans une compétition qui récompense souvent la structure, la mentalité et l’intelligence des tournois, l’Égypte demeure une candidate à part.
Lorsque le plus grand spectacle du football africain reprend ses droits, les Pharaons reviennent fidèles à eux-mêmes : chargés d’histoire, respectés de tous, et convaincus que le prochain chapitre reste à écrire.