Patrice Beaumelle (Angola) : « Je préfère l’action aux mots »
Nommé récemment à la tête de la sélection nationale d’Angola, Patrice Beaumelle apporte avec lui une riche expérience du football africain.
À 47 ans, le technicien français, double vainqueur de la TotalEnergies CAF Coupe d'Afrique des Nations avec la Zambie (2012) et la Côte d’Ivoire (2015) aux côtés de Hervé Renard, revient à Luanda avec pour mission de reconstruire les Palancas Negras et de renforcer l’identité footballistique du pays.
Dans cet entretien exclusif accordé à CAFOnline, Beaumelle partage sa vision et sa confiance en ses joueurs à l’approche de la grande fête du football africain, prévue au Maroc du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026.
Champions en titre du COSAFA Cup, les Angolais évolueront dans le Groupe B, aux côtés de leurs voisins d’Afrique australe — Afrique du Sud et Mozambique — ainsi que du recordman de titres, l’Égypte.

CAFOnline.com : Patrice, félicitations pour votre nomination à la tête de la sélection angolaise. Avec votre expérience passée de la CAN, comment abordez-vous ce nouveau chapitre avec les Palancas Negras ?
Patrice Beaumelle : Merci beaucoup. Ce sera ma huitième CAN, à 47 ans. J’aime profondément cette compétition — elle a une place particulière dans mon cœur.
J’ai vécu trois éditions avec la Zambie, dont celle de 2012 que nous avons remportée, puis celle de 2015 avec la Côte d’Ivoire, également victorieuse. J’ai aussi participé à deux CAN avec le Maroc, et désormais, la prochaine avec l’Angola.
Pour moi, ce n’est pas vraiment un nouveau chapitre — j’étais déjà ici en 2010. C’est davantage la continuité d’une histoire commencée il y a quinze ans. Je connais bien les membres de la Fédération : le président Alves Simões, le vice-président Kali, le directeur technique Zeca Amaral, et bien d’autres. Je suis fier et heureux de revenir, reconnaissant aussi d’avoir l’opportunité de diriger l’Angola à la prochaine CAN, au Maroc — un pays où j’ai également passé près de cinq ans.
L’Angola s’est qualifié une nouvelle fois pour la TotalEnergies CAF CAN. À vos yeux, que représente cet accomplissement pour le développement et les ambitions du football angolais ?
Je pense que l’Angola possède une très belle génération de joueurs. Lors de la dernière CAN en Côte d’Ivoire, l’équipe a réalisé un excellent parcours, atteignant les quarts de finale face au Nigeria.
L’Angola est une nation sportive — le basket, le handball et le football y occupent une place essentielle. Se qualifier pour la CAN n’est jamais facile, mais l’Angola doit être régulièrement présent, car le pays a un potentiel immense.
Nos sélections de jeunes — U17, U19, U20 — regorgent de promesses. Il faut accompagner leur progression, car elles représentent l’avenir du pays. L’équipe actuelle allie expérience et ambition, et avec humilité et détermination, elle peut accomplir de grandes choses.

Vous avez travaillé avec certaines des meilleures sélections du continent. Quelle identité de jeu souhaitez-vous construire avec l’Angola ?
Tout au long de ma carrière, j’ai eu la chance de collaborer avec des joueurs exceptionnels. Quand j’arrive dans un pays, je m’efforce toujours d’en comprendre la culture, l’histoire et l’ADN footballistique.
Je veux que l’Angola joue comme une seule entité — unie, courageuse, passionnée, motivée pour défendre le drapeau et représenter le peuple. Mon objectif est de bâtir une équipe qui se bat les uns pour les autres et incarne l’esprit des Palancas Negras.
L’Angola est réputé pour produire des joueurs techniquement doués. Comment canaliser ces talents individuels pour former une équipe soudée et disciplinée ?
Oui, l’Angola compte de nombreux joueurs talentueux — mais le talent seul ne suffit pas. Si chacun joue pour le collectif, alors nous pourrons accomplir quelque chose de spécial.
L’équipe passe avant tout. Je veux que les joueurs comprennent que « seul, on va plus vite, mais ensemble, on va plus loin ». Chacun doit donner le meilleur de lui-même pour la nation. Personne n’est au-dessus du groupe — le talent doit être mis au service de l’équipe.

En observant la campagne de qualification de l’Angola, quelles leçons vous guideront dans la préparation de la TotalEnergies CAF CAN ?
Nous allons poursuivre ce qui fonctionne, consolider nos points forts et corriger nos faiblesses. Nous respectons tous nos adversaires, mais nous n’en craignons aucun. Notre préparation reposera sur le travail, l’humilité et la détermination.
Après vos expériences avec la Côte d’Ivoire et le MC Alger, comptez-vous apporter des principes tactiques spécifiques à l’équipe angolaise ?
Je veux une équipe difficile à manœuvrer — une équipe avec de la personnalité, du caractère et de la résilience.

L’Angola aborde souvent les grandes compétitions dans le rôle d’outsider. Vous appropriez-vous cette étiquette ?
Oui, j’aime bien cette idée. Nous verrons bien ce qui se passera. Je préfère les actes aux paroles — il vaut mieux prouver sur le terrain que de faire des promesses.
Ce que je peux dire, c’est que j’aime cette équipe et que je crois profondément en ce que les joueurs veulent accomplir.
Comment comptez-vous concilier les résultats à court terme et le développement à long terme du football angolais ?
La clé, c’est d’obtenir de bons résultats maintenant, afin de gagner du temps pour construire l’avenir. Le passé est derrière nous, le futur est incertain — aujourd’hui est un cadeau, c’est pour cela qu’on l’appelle “le présent”.
Nous allons donc travailler jour après jour et faire confiance au plan de Dieu.
Enfin, quel message souhaitez-vous adresser au peuple angolais, qui s’apprête à soutenir les Palancas Negras ?
Mon rêve est de rendre le peuple angolais fier — pas seulement pour un moment, mais pour des générations à venir.
Angola avante !