Riyad  Mahrez, le capitaine sans emphase

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À 33 ans, le capitaine de l’Algérie avance dans cette TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations, Maroc 2025, avec la même constance que son jeu : sobre, précis, maîtrisé. Trois matchs, trois victoires, auteur de trois buts et une première place de groupe parfaitement négociée après deux éditions manquées. Et pourtant, aucune déclaration triomphante. Juste une ligne directrice, répétée comme un mantra : avancer pas à pas.

« Je ne pense pas qu’on puisse parler de favori », glisse-t-il calmement. Le ton est donné. Pour Mahrez, une phase de groupes réussie n’est qu’un préambule. L’essentiel commence maintenant. Les matches couperets, ceux qui ne pardonnent rien. Ceux qui ont tant manqué à l’Algérie ces dernières années.

L’autorité tranquille

Capitaine exemplaire, Mahrez ne dirige pas par la voix mais par l’attitude. Sur le terrain comme en dehors, il incarne cette sérénité que l’Algérie cherchait depuis ses désillusions récentes. « On essaie d’aider les jeunes », explique-t-il simplement. Pas de discours grandiloquent, mais une présence constante. Un cadre.

L’effectif algérien mélange aujourd’hui expérience et fraîcheur. Des joueurs aguerris aux joutes continentales et une génération montante, ambitieuse, parfois impatiente. Le rôle du capitaine consiste à canaliser, guider, sans brider. « Ils sont matures pour leur âge. Ils connaissent la responsabilité de jouer pour un pays. » Le message est clair : le maillot impose des exigences que le talent seul ne suffit pas à combler.

Mahrez insiste aussi sur le travail du sélectionneur, saluant une dynamique collective où chacun « pousse dans la même direction ». Une équipe plus cohérente, plus compacte, moins dépendante des fulgurances individuelles qu’autrefois.

La transmission, sans assistanat

Avec les jeunes, Mahrez ne se pose pas en tuteur omniprésent. Il conseille, mais laisse aussi chacun se construire. « À la fin, c’est à eux de le faire », rappelle-t-il. Une vision presque éducative du haut niveau, où les difficultés font partie du parcours. Traverser des moments compliqués pour comprendre, progresser, grandir.

Parmi ceux qui incarnent cet avenir, Ibrahim Maza. Le capitaine ne tarit pas d’éloges, tout en posant un cadre clair. « Il a tout pour devenir un top joueur. Mais il doit rester concentré et continuer à travailler. » Le talent, oui. Le potentiel, évidemment. Mais la régularité, surtout. Mahrez élargit d’ailleurs le propos, citant Haj Moussa, Chaïbi, Abdelli, Amoura et Maza. Une génération prometteuse, mais encore en construction.

« Le potentiel ne suffit pas toujours », martèle-t-il. Une phrase qui résume autant sa carrière que sa vision actuelle du groupe.

Jusqu’ici, tout semble sous contrôle. Mais Mahrez ne se fait aucune illusion. « Les moments difficiles vont arriver. » Peut-être même dès le prochain match. Contre la RD Congo, mardi, en huitièmes de finale,à Rabat, l’Algérie affrontera une équipe solide, installée dans une dynamique positive depuis plusieurs mois.

Le capitaine ne prétend pas tout connaître de cet adversaire. Il observe, analyse, se prépare. Il sait surtout que, passé la phase de groupes, chaque match devient une finale déguisée. « On doit élever notre niveau et montrer qu’on peut aller en quarts. » Là encore, aucun effet d’annonce. Juste une exigence.

Toujours cette marge

Sur le plan personnel, Mahrez se montre fidèle à lui-même : lucide, jamais satisfait. « Je me sens bien, mais je peux encore améliorer mon impact. » À ce stade de sa carrière, l’ancien joueur de Leicester et Manchester City n’est plus dans la démonstration. Il cherche l’efficacité, le juste tempo, l’influence au bon moment.

Quant à l’idée d’une troisième étoile sur le maillot algérien, elle reste volontairement reléguée à l’arrière-plan. « Ce serait incroyable, bien sûr. Mais je n’y pense pas encore. » Priorité au prochain match. Toujours.

Riyad Mahrez avance ainsi dans cette CAN marocaine avec une conviction profonde : le chemin importe autant que l’objectif. Et dans une compétition où l’excès de confiance se paie cash, l’Algérie semble avoir trouvé, en son capitaine, l’équilibre parfait entre ambition et humilité.