Samy Trabelsi : “La Tunisie doit franchir un palier.”

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  • La Aigles de Carthage arrivent à la TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations2025 avec un bilan impressionnant : 22 buts marqués et zéro encaissé lors des éliminatoires de la Coupe du Monde
  • Le sélectionneur de la Tunisie, Samy Trabelsi détaille sa philosophie de jeu : solidité défensive, construction depuis l’arrière, attaques rapides et variées
  • Fort de son expérience historique, il vise un top 4

La Tunisie débarque à la TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations 2025 avec une ambition claire : ne plus se contenter de participer, mais jouer les premiers rôles. Avec 22 buts inscrits et aucun encaissé lors des éliminatoires de la Coupe du Monde, les Aigles de Carthage affichent un bilan impressionnant qui témoigne de leur solidité défensive et de leur cohésion collective. Une statistique qui en dit long sur l’influence de Samy Trabelsi, sélectionneur exigeant et tacticien chevronné, capable de transformer le potentiel en résultats concrets.

Ancien joueur finaliste de la CAN en 1996 et entraîneur en 2013, Trabelsi connaît le continent comme sa poche. Il sait que la compétition peut réserver des surprises et que rien n’est jamais acquis. Pour lui, la clé réside dans la concentration, la discipline et la capacité à rester soudé face aux imprévus. Sous sa direction, la Tunisie combine héritage défensif et football moderne : construction depuis l’arrière, attaques rapides et variées, et anticipation stratégique pour déstabiliser les adversaires.

Cette édition 2025 représente un double défi pour Trabelsi : faire entrer la Tunisie dans le cercle des prétendants sérieux et mettre en avant une génération de joueurs prêts à écrire leur propre histoire. De la préparation mentale à la maîtrise tactique, l’objectif est clair : viser le top 4, voire la finale, et récompenser une équipe ambitieuse qui a travaillé pour mériter sa place parmi les meilleures.


CAFOnline.com : Vous allez attaquer cette TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations en sortant des éliminatoires de la Coupe du Monde sans avoir encaissé le moindre but, pour 22 buts marqués. Quel message souhaitez-vous envoyer à vos futurs adversaires à travers ces statistiques ?

Samy Trabelsi : On n’est pas là pour envoyer des messages à nos adversaires. On a tout le respect pour tous nos adversaires. Je connais le continent, je connais la compétition, j’y ai participé comme joueur, comme entraîneur et comme adjoint aussi en 2010. Le message que je veux faire passer à mes joueurs, c’est que dans le football, tout est possible. Si on veut, on peut.
On a un peu mal démarré la compétition — mal démarré, c’est trop dit — mais ce n’étaient pas vraiment des résultats fameux. Vu le contexte, le groupe, les joueurs et les deux entraîneurs qui ont participé, qui ont gagné quatre matchs, trois matchs et un match nul, il y avait beaucoup de problèmes au niveau de la fédération, du bureau, beaucoup de changements. Par la suite, le groupe s’est soudé et on a pris le bon chemin.
La Coupe d’Afrique est une compétition imprévisible. On a vu la dernière édition : la Côte d’Ivoire était à deux doigts de sortir, et c’est elle qui a fini par gagner. Il y a toujours des imprévus dans cette compétition. Ce que je veux dire à mes joueurs, c’est qu’il faut bien y entrer, avec concentration et sérieux. C’est une compétition très prestigieuse.

Parlons justement de vos futurs adversaires : le Nigeria, l’Ouganda et la Tanzanie pour ce premier tour. Quelles sont vos impressions ?

Ce sont des nations qu’il faut respecter. La Tanzanie, c’est un football en progression, avec des clubs qui participent régulièrement à la Ligue des Champions et à la Coupe de la Confédération. Ils laissent une très bonne impression. Ils ont aussi un fameux joueur, Ali Samata, un très bon attaquant qui a fait une belle carrière en Europe.
Le Nigeria reste un grand du continent, avec un vaste réservoir de talents évoluant dans les meilleurs clubs européens.
Quant à l’Ouganda, c’est une nation qui avance à pas sûrs. Ils ont fait un bon parcours en qualifications, même si leurs résultats en éliminatoires du Mondial ne sont pas exceptionnels. Mais tout le monde vient à la CAN avec l’idée d’aller le plus loin possible. Et souvent, des nations qu’on n’attend pas réussissent à battre de grandes équipes.

Vous avez une longue histoire avec cette CAN — finaliste en 1996 en tant que joueur, puis sélectionneur en 2013 avec la Tunisie. Quel regard portez-vous sur cette compétition ?

J’ai vécu des moments de gloire pendant cette Coupe d’Afrique. En tant que joueur, j’ai participé à trois éditions : 1996, 1998 et 2000. J’ai aussi été adjoint de Faouzi Benzarti en 2010, puis sélectionneur principal en 2012 et 2013. J’ai donc des sentiments mitigés.
En 1996, c’était un exploit énorme pour la Tunisie : une équipe outsider qui a atteint la finale avec une superbe ambiance et des joueurs qui ont ensuite fait de grandes carrières. C’était une période de gloire du football tunisien, au niveau des clubs comme de la sélection.
Comme entraîneur, mes souvenirs sont moins heureux, notamment en 2013, où nous sommes sortis au premier tour. Mais aujourd’hui, j’arrive avec beaucoup plus d’expérience et d’ambition. Je connais cette compétition et ses exigences.
Nous allons jouer dans un pays de football, où la passion est immense et les conditions excellentes. Tout cela annonce une édition de haut niveau. J’espère que la Tunisie en fera partie et qu’on pourra aller jusqu’au bout.

Vous avez remporté le CHAN en 2011. Pourtant, la Tunisie n’a plus remporté la CAN depuis 2004. Comment expliquez-vous cette constance sans titre ?

C’est vrai. La Tunisie est régulière : présente dans presque toutes les CAN, qualifiée pour plusieurs Coupes du Monde. Mais pour gagner des titres, il faut autre chose.
Nous avons de bons joueurs, mais peu évoluent dans les grands championnats ou atteignent les finales européennes. Cela compte. Pour aller loin, il faut un groupe uni, homogène, avec du caractère. Les grandes épopées tunisiennes — 1978, 1998, 2004 — ont toujours reposé sur cet esprit collectif. Aujourd’hui, nous avons un groupe de qualité, techniquement et humainement. Si nous gardons cette cohésion, nous pouvons viser haut.

Quels sont donc les objectifs de la Tunisie pour cette CAN 2025 ?

L’objectif, c’est d’atteindre au minimum le top 4. Mais au fond de moi, je pense qu’on peut aller encore plus loin. Il est temps que nos nombreuses qualifications se traduisent par un titre. Depuis 1994, la Tunisie n’a manqué aucune CAN. C’est remarquable. Mais maintenant, il faut transformer cette constance en succès. Nous devons aborder cette édition en prétendants au titre, dès le premier match.

Depuis votre arrivée, on sent un vrai renouveau dans le jeu tunisien. Quelles ont été vos priorités sur le plan de la philosophie et de l’identité de jeu ?

La Tunisie a toujours eu une identité forte. On nous appelle parfois “les Italiens de l’Afrique” pour notre rigueur tactique et notre solidité défensive. On encaisse peu, mais on marquait aussi peu.
Ma première mission a donc été de redresser le groupe moralement. Il y avait une certaine lassitude, une cohésion à reconstruire.
Ensuite, on a cherché à moderniser notre jeu : construire de derrière, proposer des attaques rapides, variées, placées. Le football moderne impose de savoir faire le jeu, pas seulement défendre.
Enfin, on a ajusté nos zones de récupération : plutôt que d’attendre bas, on cherche à presser plus haut, à éloigner le danger.

Dernière question, coach. Quel titre aimeriez-vous lire dans les journaux après cette CAN ?

J’aimerais lire : “Bravo à la Tunisie, un bon parcours qui finit par une récompense.”
J’espère qu’on fera une belle compétition, récompensée à la fin. Le but n’est pas seulement de bien jouer ou de plaire : il faut gagner.
Trouver le juste équilibre entre plaisir et efficacité, c’est notre objectif. Et si, à la fin, la Tunisie est récompensée, alors on aura réussi.