Souleymane « Commissaire » Faye, du terrain scolaire aux lumières de la CAN

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À Accra, Souleymane Faye, 15 ans, a vécu l’un de ces moments qui tracent une trajectoire. Sous le maillot scolaire du Sénégal, le gamin que tout le monde surnomme déjà « Commissaire » a marqué le Championnat d’Afrique de Football Scolaire 2025 de son empreinte, au point d’en repartir avec une distinction rare : Meilleur Joueur du tournoi. Une récompense qui n’a rien d’anodin pour ce garçon encore en pleine construction, et qui l’emmènera quelques mois plus tard au Maroc, à la TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations 2025… au bord du terrain, en tant que ramasseur de balles.

« Ça représente beaucoup pour moi », dit-il simplement. Le ton est calme, presque timide. « Ce n’est pas donné à tout le monde. » À son âge, Souleymane ne parle pas d’exploit personnel, encore moins de gloire. Il remercie. La CAF d’abord, pour l’invitation, puis son entourage, ses coéquipiers, ses entraîneurs. L’essentiel est là : l’histoire est collective avant d’être individuelle.

Tout commence pourtant très loin des projecteurs. À six ans, Souleymane tape dans son premier ballon dans les rues de Dakar,, où le football s’apprend sur le bitume, entre copains, dans le vacarme quotidien. « J’ai démarré là-bas, quand j’étais tout petit », se souvient-il. Plus tard, le football scolaire lui donne un cadre, des règles, un horizon. Il s’y essaye même au baseball un temps, mais le ballon rond reprend vite le dessus. Inévitablement.

À Accra, au Ghana, Souleymane découvre autre chose : la compétition continentale, la pression, l’exigence. Et un souvenir plus fort que les autres : la qualification pour la finale. « C’était merveilleux. On s’est battus pour y arriver. Les joueurs, les entraîneurs, tout le monde a donné. » L’émotion est intacte. Ce tournoi, au-delà du trophée individuel, lui a offert une certitude : il appartient à cette génération scolaire africaine qui n’a plus rien à envier à personne.

La reconnaissance arrive parfois là où on ne l’attend pas. Quelques semaines après Accra, alors qu’il s’apprête à s’entraîner, Souleymane apprend une nouvelle qui le laisse sans voix. « Ce sont mes amis qui me l’ont dit. Ils l’avaient vu sur les réseaux sociaux. J’étais sélectionné pour être ramasseur de balles à la CAN 2025. » Le silence, puis le sourire. « J’étais très content. Ému aussi. Je n’y croyais pas. »

Être ramasseur de balles. Le rôle peut sembler modeste. Pour Souleymane, il est immense. « C’est la première fois que je vais vivre ça. Je dois rester concentré. » Il sait ce qui l’attend : le bruit des stades, l’excitation, la proximité avec les joueurs. Il anticipe déjà la difficulté. « Il y aura beaucoup de bruit, mais il faudra être concentré sur le match, donner les ballons à temps. » La maturité transparaît. À défaut d’entrer sur la pelouse, il touchera le jeu de près. Très près.

Cette expérience, il en est convaincu, le marquera durablement. « Je vais voir de grands joueurs, des légendes », dit-il avec un mélange de respect et d’envie. Observer. Apprendre. Se projeter. « Comme ça, demain, ça sera avec moi. » L’avenir n’est jamais loin dans ses réponses.

Car Souleymane n’avance pas sans rêves. Ils sont même très clairs. « Atteindre le haut niveau », dit-il. Puis il précise, sans détour : « Les clubs européens. Barça, Real Madrid, Manchester City. » Il sourit, mais l’ambition est sérieuse. Le conseil qu’il donne aux autres jeunes talents scolaires est à son image : simple et exigeant. « Beaucoup travailler. Être concentré. Être sérieux. »

Dans cette ascension encore fragile, la famille est un pilier. Il partira au Maroc avec son grand frère. « Ils étaient très heureux. Ils m’ont dit que c’était mérité. » Pour ses proches, cette réussite est le fruit d’un travail commencé bien avant Accra. Une satisfaction partagée.

À l’approche de la CAN 2025, Souleymane ne cherche pas à masquer son impatience. « Je suis très excité, très heureux. J’y pense tout le temps. Même la nuit. » Il ne sait pas encore dans quel stade il sera affecté, mais peu importe. L’essentiel est ailleurs : être là, vivre la CAN de l’intérieur, respirer cette atmosphère unique.

Aujourd’hui ramasseur de balles, demain peut-être joueur. L’histoire de Souleymane « Commissaire » Faye s’écrit encore au crayon. Mais entre les terrains scolaires du Sénégal, Accra et les stades marocains, une certitude émerge déjà : le football africain continue de grandir par le bas, porté par des rêves d’enfants qui, parfois, changent de dimension plus vite que prévu.