Stefano Cusin (Comores) : “Nous ne sommes pas là par hasard.”
- À 100 jours du match d’ouverture de la CAN CAF TotalEnergies 2025, les Comores se préparent à affronter le Maroc, pays hôte et grand favori de la compétition
- Le match aura lieu le 21 décembre 2025 au Stade Moulay Abdellah à Rabat
- Stefano Cusin, nommé sélectionneur en octobre 2023, a reconstruit une équipe compétitive qui a terminé en tête de son groupe de qualification
- "Pour les grandes nations africaines, affronter les Comores, c'est comme aller chez le dentiste, elles n'aiment pas ça" affirme le tacticien
À 100 jours du match d’ouverture de la TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations face au Maroc, le sélectionneur des Comores, Stefano Cusin, se confie à CAFOnline.com. Nommé en octobre 2023, le technicien italo-canadien a relancé une équipe en reconstruction après l’épopée du Cameroun en 2021. Qualifiés brillamment en terminant premiers d’un groupe relevé aux côtés de la Tunisie, de la Gambie et de Madagascar, les Cœlacanthes s’apprêtent désormais à défier le pays hôte, le Maroc, dans un Stade Moulay Abdellah qui s’annonce plein à craquer. Entre reconnaissance du statut de favori des Lions de l’Atlas et confiance dans les progrès de son équipe, le tacticien revient sur le chemin parcouru, les ambitions des Comores et la force d’un groupe prêt à bousculer la hiérarchie continentale.

CAFOnline.com : Comment vous sentez-vous à 100 jours de jouer le match d’ouverture ?
Stefano Cusin : Écoutez, c’est un honneur. C’est un honneur de jouer ce match-là, parce que le Maroc est une grande nation du foot. Devant un stade plein (ndlr : Stade Moulay Abdellah à Rabat), avec tout le monde qui pourra suivre, ce sera un match rempli d'émotions.
Revenons au tirage au sort, en janvier dernier. Quand vous avez vu que les Comores allaient affronter le Maroc, quelle a été votre réaction ?
J’étais content ! Je trouve que c’est une opportunité pour notre équipe de jouer un grand match comme celui-là. C’est vrai que le Maroc est favori de la compétition, parce que c’est la meilleure équipe africaine et qu’ils jouent à domicile. Mais nous ne sommes pas là par hasard. Nous avons terminé premiers dans un groupe composé de la Tunisie, de la Gambie et de Madagascar. Si nous sommes là, c’est que nous le méritons, et nous serons certainement un adversaire coriace.

Ce match représente-t-il un défi motivant ou une pression supplémentaire pour votre équipe ?
La pression existe pour toutes les équipes qui arrivent en phase finale d’une grande compétition continentale. Le Maroc aura naturellement beaucoup plus de pression, puisqu’il joue à domicile et a l’obligation de viser le titre. Pour nous, c’est une pression positive, une pression qui nous pousse à donner le meilleur de nous-mêmes.
Comment préparez-vous ce tournoi ?
Nous avons la chance de disputer les qualifications de la Coupe du Monde de la FIFA 26™. C’est la meilleure des préparations, car nous jouons des matchs importants, de haut niveau. Nous affronterons Madagascar, puis le Ghana à Accra en octobre. Ce sont des matchs parfaits, à la fois pour continuer notre parcours en qualifications et pour nous préparer à la CAN.

Qu’attendez-vous de vos joueurs dans cette compétition au-delà des résultats sportifs ?
J’attends qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes, qu’ils se battent, qu’ils concrétisent sur le terrain toute l’évolution réalisée depuis deux ans. L’équipe s’est beaucoup améliorée. Rien n’est joué d’avance dans un match de football. Qu’ils prennent du plaisir et qu’ils se donnent à fond, c’est tout.
Après la TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations, Cameroun 2021, il s’agira de la deuxième participation des Comores. Comment analysez-vous la progression du pays sur le plan footballistique ?
Quand j’ai pris les rênes de l’équipe en octobre 2023, les Comores venaient d’une non-qualification à la CAN en Côte d’Ivoire. La situation de départ était difficile, car la CAN au Cameroun avait marqué l’apogée d’une génération. Il a fallu conserver quelques cadres mais aussi reconstruire l’équipe. C’est donc une nouvelle équipe qui se présente pour la CAN au Maroc. Le travail des joueurs a été extraordinaire, ainsi que celui de nos autorités que cela soit au niveau de l’État avec le Président Son Excellence Monsieur Azali Assoumani et à notre président de la fédération, Monsieur Said Ali Said Athouman qui ne cesse de mettre à disposition d’excellentes conditions de travail.

Quel est le statut aujourd’hui des Comores sur la scène africaine ?
Je dirais que nous sommes une équipe montante. Nous avons battu le Ghana. Nous avons battu la Tunisie (0-1) à Radès, où elle n’avait pas perdu à domicile depuis 14 ans. Nous avons battu la Gambie (2-1) dans un match décisif et le Cap-Vert (1-2) également. Pour les grandes nations africaines, nous affronter, c’est un peu comme aller chez le dentiste : on n’aime pas trop ça.
Outre le Maroc, vous affronterez aussi le Mali et la Zambie. Quel regard portez-vous sur ces équipes ?
Le Mali, nous le connaissons bien, nous les avons déjà affrontés deux fois en qualifications pour la Coupe du Monde. Cela ne s’est pas très bien passé, mais nous voulons une revanche. C’est une équipe très forte, 54e au classement mondial, mais sur notre dernier match, nous avons quelques regrets. La Zambie, elle, est sortie première de son groupe devant la Côte d’Ivoire. C’est une équipe redoutable. Personne n’arrive à la CAN par hasard. Ce seront des adversaires importants, mais nous serons à la hauteur.

À titre personnel, ce sera votre première CAN. Comment vous attendez-vous à vivre cette expérience ?
Quand j’étais au Soudan du Sud, j’étais entraîneur de l’équipe première et responsable des sélections de jeunes. Nous avions qualifié les U17 et les U20 pour la CAN. J’ai donc déjà vécu deux CAN de catégories inférieures. C’était une expérience extraordinaire. En tant que sélectionneur, je place la CAN presque au même niveau que la Coupe du Monde. C’est une compétition unique, une ambiance incroyable, des émotions fortes. J’adore ces matchs et je suis très motivé à l’idée d’y participer.
Enfin, un mot pour les supporters comoriens.
Nous les remercions pour leur soutien indéfectible. Ils sont toujours derrière l’équipe et le seront encore. Le supporter comorien est fantastique, il comprend les moments forts et difficiles de l’équipe. Ils attendent beaucoup de nous, et c’est normal, parce que nous avons démontré que nous sommes capables. Cette attente nous motive. Nous avons besoin d’eux pour aller plus loin, vibrer ensemble et accomplir quelque chose d’important dans cette compétition.
