Sur les traces des pères : Sarr et El Aynaoui en finale de la CAN 2025

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On dit que la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre, et dans le sport, voir des enfants emprunter les mêmes chemins que leurs parents n’a rien de surprenant.  

Dimanche, lorsque le Maroc et le Sénégal fouleront la pelouse du Stade Prince Moulay Abdallah à Rabat pour la finale de la TotalEnergies CAF Coupe d’Afrique des Nations 2025, l’événement sera chargé de pression, d’attentes et de quelque chose de bien plus intime.  

De part et d’autre, deux jeunes hommes porteront bien plus que les couleurs nationales. Ils porteront des histoires familiales faites de succès, de détermination et de soif de victoire, avec l’espoir que les souvenirs de leurs pères les pousseront à écrire leur propre histoire en cette soirée décisive.

Des histoires commencées il y a des décennies, sur différents terrains et courts, vont converger sous les projecteurs de la plus grande scène africaine.  

D'un côté, il y a Mamadou Sarr du Sénégal, et de l'autre, Neil El Aynaoui du Maroc, tous deux héritiers de la grandeur, porteurs dans leurs veines de l'ADN légendaire de leurs pères.  

Mamadou Sarr : boucler un voyage que son père n'a pu qu'observer  

Pour Mamadou Sarr, cette histoire consiste à achever un « projet » initié par son père, mais dont ce dernier n'a pu que suivre l'aboutissement de loin.

Injecté dans le bain en demi-finale contre l'Égypte après la blessure du capitaine Kalidou Koulibaly, le jeune défenseur aurait pu être pardonné de ressentir le poids de l'instant. Pourtant, il a fait preuve d'un sang-froid exceptionnel pour son âge, aidant le Sénégal à arracher une victoire tendue 1-0 et une place en finale.  

Clean sheet, victoire et billet pour la finale. Mais la portée de cette soirée va bien au-delà des tactiques ou des changements. Mamadou est le fils de Pape Sarr, un monument du football sénégalais.  

Pape faisait partie de l'emblématique équipe du Sénégal qui a atteint la finale de la CAN 2002, un collectif qui a insufflé la foi et redéfini l'identité footballistique du pays. Mais le sort fut cruel : une suspension l'écarta de la finale, un match perdu 3-2 aux tirs au but contre le Cameroun.

Il a atteint le sommet, mais n'a pu y poser le pied. C'était l'année de la génération dorée sénégalaise, celle qui a propulsé l'Afrique sur la plus grande scène de la Coupe du Monde, devenant la première équipe à atteindre les quarts de finale.  

Plus de deux décennies plus tard, son fils a accompli ce qu'il n'avait pu faire : fouler la finale de la plus prestigieuse scène africaine. Avec le capitaine Koulibaly blessé, Mamadou, 20 ans, qui joue en France à Strasbourg, devrait obtenir sa place dans le onze de départ.  

Là où le père a dû se contenter de regarder depuis la touche, le fils a désormais l'opportunité d'écrire l'histoire.

Neil El Aynaoui : des courts à la scène centrale  

En face se dresse Neil El Aynaoui, un joueur dont le parcours footballistique résonne d'échos venus d'un tout autre univers.  

Neil est le fils de Younes El Aynaoui, celui qui porta jadis les couleurs du Maroc sur les plus grands courts de tennis de la planète ; un habitué des tournois du Grand Chelem, quintuple vainqueur en simple, admiré pour sa résilience, son élégance et sa force mentale.  

Ces qualités ont discrètement trouvé une nouvelle terre d'accueil. Et non pas sur les traditionnels courts de tennis, mais bien sur un terrain de football.  

Tout au long de leur campagne à la CAN, Neil s'est imposé comme un pilier du milieu de terrain marocain : intelligent balle au pied, rigoureux sans le ballon, et d'une maturité tactique remarquable dans les moments décisifs.

Il y a une sérénité dans son jeu qui semble héritée plutôt qu'acquise. Là où son père dominait le court central, Neil règne désormais sur les espaces clés du terrain. Sport différent, mêmes exigences : concentration, sacrifice et capacité à performer au plus haut niveau.  

Si Younes El Aynaoui a appris au Maroc à rêver au-delà des frontières grâce à ses exploits dans le tennis mondial, son fils aide désormais le pays à rêver à l'intérieur de celles-ci, à une finale près de la gloire continentale et d'un premier titre de Coupe d'Afrique des Nations depuis 50 ans.

 

Mériter son nom, pas l'emprunter  

Ce qui rend cette finale exceptionnelle ne tient pas simplement aux patronymes célèbres. C'est le refus des deux joueurs de s'en contenter. Mamadou Sarr n'est pas entré en demi-finale comme "le fils de Pape", pas plus que Neil El Aynaoui n'a maîtrisé le milieu de terrain marocain en tant qu'"héritier de la légende du tennis".  

Ils sont arrivés à leur manière, forgés par la discipline, aiguisés par l'opportunité, et choisis par leurs entraîneurs dans des moments où la réputation ne suffit pas.  

Et demain, lorsque le Maroc et le Sénégal s'affronteront pour le titre de la CAN, ce ne sera pas l'histoire qui se répétera — ce sera l'histoire qui s'écrira. Non par des pères revivant leurs gloires passées, mais par des fils osant les dépasser.