William Troost-Ekong (Nigeria) : « Nous avons appris de la douleur — maintenant nous sommes prêts »

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Le capitaine du Nigeria, William Troost-Ekong, aborde la TotalEnergies CAF Coupe d'Afrique des Nations, Maroc 2025 avec les Super Eagles forts des leçons tirées de la dernière édition. Installé en Arabie Saoudite, le défenseur central décrit un vestiaire « excité » à l’idée d’une nouvelle opportunité de briller, mais aussi plus mature après la défaite en finale en Côte d’Ivoire.

Cependant, le joueur d’Al-Kholood refuse l’étiquette de favori incontesté et pointe le Maroc, pays hôte, et la Côte d’Ivoire, tenante du titre, comme de sérieux prétendants. Pour lui, soulever le trophée ne se résume pas au talent : il faut du cœur, de la cohésion et savoir gérer le momentum avec sang-froid.

Dans un entretien exclusif avec CAFOnline.com, Troost-Ekong revient sur une poule compliquée — Tunisie, Ouganda, Tanzanie —, sur la magie unique de la CAN et sur les personnalités qui font la force du groupe. Il conclut en partageant le titre qu’il rêve de lire à l’issue du tournoi.


CAFOnline.com : Comment se sent l’équipe à l’approche de la CAN ?
William Troost-Ekong : L’équipe est excitée. Cette année a été intense avec toutes les phases de qualification (ndlr : CAN 2025 et Coupe du Monde de la FIFA 2026™), mais finir le groupe sur une note positive et se préparer pour les barrages du Mondial au Maroc avant la CAN, c’est fantastique. La dernière Coupe d’Afrique des Nations nous a laissé une impression durable. Je sens que ce groupe est vraiment motivé pour saisir cette nouvelle opportunité de soulever le trophée.

Le Nigeria peut-il aller plus loin que la dernière finale ?
C’est l’objectif unique. Nous avons tellement appris de cette finale. La Côte d’Ivoire était meilleure ce jour-là, mais nous avons acquis de l’expérience — certains de nos joueurs disputaient leur première grande finale pour leur pays. Maintenant, le but est d’y retourner, utiliser cette expérience, atteindre les phases finales et savoir quoi faire pour aller jusqu’au bout, espérons-le.

Que retenez-vous de cette finale ?
L’occasion nous a peut-être un peu dépassés. Nous aurions dû rester concentrés sur notre jeu plutôt que de nous laisser emporter par le moment. Jouer contre la Côte d’Ivoire dans un stade surchauffé peut vous emporter. Cette fois, nous resterons plus calmes pour mieux jouer notre football. Au-delà de ça, il y a beaucoup de points positifs : l’espoir renouvelé au Nigeria, des joueurs de classe mondiale désireux de couronner cette génération d’un trophée, et une vraie cohésion avec un grand coach. Voilà la recette pour faire quelque chose de spécial au Maroc.

Êtes-vous à l’aise avec l’étiquette de favori ?
C’est exagéré. Nous avons une équipe incroyable — trop de joueurs à citer — mais objectivement, le Maroc joue à domicile et est en grande forme ; la Côte d’Ivoire est championne en titre ; le Sénégal,… il n’y a pas de favori clair à la CAN. La dernière fois, peu de gens nous voyaient aller aussi loin. On ne gagne pas un tournoi avec des étiquettes, et nous ne serons pas complaisants. La CAN est difficile, et de fortes équipes peuvent émerger de n’importe où. Nous avons confiance, mais je ne dirais pas que nous sommes les favoris incontestés.

Qu’est-ce qu’il faut pour gagner la CAN ?
Du cœur, de la cohésion et de la constance. La Côte d’Ivoire a montré un vrai esprit — chaque obstacle renforçait leur conviction. D’après mon expérience — troisième puis deuxième — le momentum doit croître au fil du tournoi. De nouvelles stars émergent souvent ; ce ne sont pas toujours les noms attendus. Bien commencer, gérer les émotions, ne pas se laisser emporter quand tout va bien et ne pas paniquer quand ça va mal. Les tournois se gagnent en phases : grandir pendant le groupe, puis aborder chaque match à élimination directe avec calme.

Que pensez-vous de votre groupe — Tunisie, Ouganda, Tanzanie ?
Difficile. La Tunisie nous a éliminés en 16es de finale en 2021 et a battu beaucoup d’équipes lors des qualifications pour la Coupe du Monde sans encaisser. Ils sont très confiants. La Tanzanie et l’Ouganda sont aussi coriaces — nous les avons affrontés à plusieurs reprises. Il n’y a pas de « promenade de santé » à la CAN. Nous voulons la première place pour faciliter le prochain tour, mais personne dans notre camp ne pense que ce groupe est facile.

Qu’est-ce qui rend la CAN différente du football de club ?
Pour moi, c’est la plus belle compétition du monde. Je suis nigérian, né à l’étranger d’une mère néerlandaise, et la CAN, c’est là où le continent se rassemble. Le meilleur talent, les couleurs, les supporters, l’énergie — il n’y a rien de comparable. Chaque match est excitant et imprévisible. La plupart de mes grands moments viennent de la CAN ; la dernière m’a apporté une fierté indescriptible.

Un aperçu du vestiaire : qui est le DJ, le pasteur, le comique ?
Le DJ, c’est souvent Samuel Chukwueze — il apporte l’enceinte et une énergie folle. Pour le « pasteur », nous avons prières musulmanes et chrétiennes ; différents joueurs dirigent à différents moments, en parfaite harmonie. Le comique ? Victor Boniface fait rire tout le monde. Stanley Nwabali aussi — parfois on ne sait pas si on rit avec lui ou de lui. Raphael Onyedika est aussi drôle. On a une vraie ambiance familiale, et ça se voit de l’extérieur.

Quel message aux supporters après une qualification arrachée ?
Merci à tous ceux qui sont restés avec nous après un démarrage lent. Nous avons toujours cru. La chance nous a souri dans le dernier match avec une performance exceptionnelle — quatre buts contre les leaders du groupe à un moment crucial, c’était spécial. Continuez à nous soutenir pour les playoffs le mois prochain. Quand tout le Nigeria — plus de 250 millions — se tient derrière vous, c’est notre force. L’équipe a senti ce soutien. Nos six derniers matchs : quatre victoires et deux nuls sous haute pression. Emmenons ça à la CAN et aux playoffs.

Hors Nigeria, quels autres pays suivre ?
J’ai un bon pressentiment pour le Nigeria. Au-delà des habituels favoris, c’est difficile de n’en choisir qu’un — c’est ça, la magie de la CAN. La Guinée équatoriale a surpris ; l’Angola a été très solide — nous les avons affrontés en quart. Suivez n’importe quel match et vous découvrirez des équipes fortes et de nouveaux joueurs. Des stars naissent à ce tournoi.

Quel titre aimeriez-vous lire à la fin ?
« Le Nigeria couronne cette génération exceptionnelle d’un titre de la CAN. »